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SOLÉ Jean

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Jean Solé est né le 2 août 1948 à Vic-Fezensac dans le Gers. Républicains catalans originaires de Barcelone, son père et sa mère ont fui le franquisme pour la France. Il a 6 mois lorsqu’il arrive à Paris avec sa mère, son frère Henri et sa sœur Élise. Son père comptable y est déjà, envoyé par son patron producteur d’armagnac.....
 

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Jean Solé est né le 2 août 1948 à Vic-Fezensac dans le Gers. Républicains catalans originaires de Barcelone, son père et sa mère ont fui le franquisme pour la France. Il a 6 mois lorsqu’il arrive à Paris avec sa mère, son frère Henri et sa sœur Élise. Son père comptable y est déjà, envoyé par son patron producteur d’armagnac. Ils s’installent à Maisons-Alfort dans un tout petit pavillon de banlieue.
Comme tous les enfants, il se met très tôt à dessiner, avant de savoir lire et écrire à la maternelle. D’ailleurs c’est là, paraît-il, sous le préau, qu’il fait sa première expo à l’initiative de la directrice qui trouve que ce qu’il fait est bien pour son âge. En primaire, Jean n’aime pas aller dans la cour de récré, il n’aime pas le sport, les jeux brutaux, alors il reste dans son coin à dessiner et fort logiquement, là où ses petits camarades cessent de dessiner, lui, continue.
Le jeune Jean ne brille pas par son parcours scolaire, au grand désespoir de ses parents qui se font un sang d’encre. Mais il n’y a rien à faire, sa tête n’est ni à la grammaire ni au calcul. Il fait honte à son père en séchant souvent l’école, en étant dissipé en classe, en faisant des bêtises pour faire rire les autres et en dessinant encore et encore. Ça dérange son père de le voir tout le temps dessiner, pour lui c’est une perte de temps et dit à son fils qu’il finira clochard. Sa mère, en revanche, est plus bienveillante.
Ils ne sont pas vraiment pauvres, mais vivent modestement et Jean ne conserve que de bons souvenirs de son enfance. Une enfance heureuse avec les illustrés, comme on dit à l’époque, qui sortent le jeudi. Chez lui, c’est Vaillant, le seul périodique de BD, que son père communiste tolère et Tintin que jean se voit offrir à Noël et qu’il n’aime pas trop.

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Le jeune garçon passe outre les interdictions et parcourt en cachette de petits formats de gare qu’il vole comme Rodéo, Kit Carson ou Buck John, dont il recopie parfois les couvertures et découvre successivement le journal Spirou et l’hebdomadaire Pilote à partir de 1959. À leur lecture, une chose évidente lui apparaît, il veut être dessinateur !
Son père est issu d’une famille de commerçants aisés. Il lit beaucoup, Zola, Hugo, écoute de l’opéra italien et les negro-spirituals, quant à sa mère, d’un milieu modeste, elle préfère les opérettes espagnoles et le tango. Son frère c’est plutôt le jazz et la chanson française rive gauche, genre Brassens, Brel ou Ferré. Enfin sa sœur, c’est la variété avec Charles Aznavour, Gilbert Bécaud ou le genre crooner américain comme Johnny Mathis. Jean est nourri de tout ça, fréquente Jules Verne, Alexandre Dumas, est très marqué par la 5ème symphonie de Beethoven, assiste de loin à la vague yéyé, même s’il a l’âge, écoute un peu Salut les copains sur Europe n°1 et subit son premier grand choc au cinéma avec West Side Story en 1962, le film qu’il verra 7 ou 8 fois et dont il a usé le disque jusqu’à la corde. Sa première idole est Stevie Wonder avec son titre Finger Tips, jusqu’au jour où, en allant voir Trini Lopez à l’Olympia, qu’il tombe dans le rock avec les Beatles en 1964.
Jean a également une grande soif de connaissances et fabrique dans sa chambre "Son journal" dont le contenu évoque les évènements du jour, politiques, faits divers, spectacles, qu’il donne ensuite à lire à toute la famille. Pourtant au collège, il a redoublé sa sixième, sa cinquième et à part le dessin, l’histoire et le français, il a toujours autant de mal. Bon en cours d’"atelier", on décide de l’orienter vers le métier de tourneur-fraiseur. C’est son professeur de français qui va réussir à convaincre ses parents, qu’il a des capacités pour dessiner et qu’il faut l’encourager dans cette voie. Il se retrouve donc au collège rue Saint-Benoît pour sa quatrième, puis, l’année suivante, et pour 3 années, rue Madame près de Saint-Germain-des-Prés. Bien entendu il y a toujours les matières d’instruction générale, mais il y fait du dessin industriel, du dessin artistique et y apprend à maîtriser les outils du graphisme, les tire-lignes et surtout la méticulosité, le fait de ne pas faire de tâches. Jean n’a qu’un diplôme, le certificat d’études, il a déserté le BEPC et c’est d’ailleurs le seul diplôme qu’il obtiendra dans sa vie. Pourtant dès lors, sa vie change du tout au tout.

3

Le quartier de Saint-Germain-des-Prés, c’est pour lui Boris Vian et Jean-Paul Sartre, les grands noirs américains du Club Saint-Germain, les Galeries, les cafés, un quartier en lien avec le milieu artistique et un côté estudiantin, de par le Quartier latin tout proche. Tout cela le marque beaucoup, l’éveille et soudain son horizon s’élargit. Il commence à entrer dans des galeries, à regarder ce qui s‘y expose, à côtoyer des peintres et des élèves des Beaux-Arts voisins et s’il sèche encore les cours, c’est pour traverser la Seine et fréquenter assidument le Musée du Louvre, gratuitement en tant que mineur et scolaire.
Mais en 1966, sa maman décède d’un cancer et à partir de là les relations avec son père se dégradent. Il considère que Jean ne fiche rien, alors qu’il dessine compulsivement, qu’il n’est qu’un dilettante bon à rien. Pour le calmer et se donner un statut officiel à ses yeux, il tente le concours d’entrée des Beaux-Arts de Paris, rue Bonaparte et en 1967, il est pris contre toute attente. Il a sa carte d’étudiant et son père va lui foutre la paix… pour un temps. Il choisit la section sculpture et est inscrit dans l’atelier de Cesar. Mais il n’y va pas souvent car il passe son temps à dessiner dans ses carnets, tout et rien.
Jean est déterminé à faire du dessin et de la bande dessinée, mais il ne sait pas trop la marche à suivre. Malheureusement arrive l’appel sous les drapeaux et ses 17 mois dans l’armée à Lons-le-Saunier dans le Jura. En effet, suite aux 80 jours d’arrêt que Jean fera durant son service militaire, les 16 mois obligatoires seront rallongés d’un bon mois supplémentaire.
Rentré à Paris, Jean trouve un travail chez ColorTrans, un labo photo au Kremlin-Bicêtre où il reste quelques mois. A la même période, en 1969-1970, il travaille sur une bande dessinée d’une vingtaine de pages destinée à Losfeld, qui ne sera jamais publiée. Puis il se rapproche du Théâtre École de Montreuil (TEM) pour lequel il réalise les affiches et les éléments de décors et où il joue même sur scène. Mais au bout d’un moment il ne peut plus tout faire. Jean vient de rencontrer Mino, qui tombe rapidement enceinte et malgré une certaine précarité, le jeune couple décide de garder le bébé. Pour assurer, il faut à Jean rapidement trouver du travail et il pense postuler chez Renault, à Billancourt. Ses copains vont l’en dissuader et le pousser à déposer un dossier chez Pilote. Seulement il n’ose pas, ne se sent pas prêt et est persuadé que ça ne peut pas marcher. Mais, finalement, il va quand même s’y résoudre…

4

Il se rend au siège de Pilote et y dépose un vieux carton à dessins contenant ce qu’il pense être le meilleur de ses travaux personnels. Un jour le téléphone s’est mis à sonner chez lui et c’est René Goscinny qui l’appelait. Le lundi suivant il était engagé et lors d’un de ses premiers bouclages, René Goscinny lui proposa de travailler avec Patrice Leconte, qui à l’époque faisait de la BD et c’est comme ça qu’il a fait quelques-unes de ses premières pages dans Pilote. Patrice Leconte lui demandera plus tard de réaliser l’affiche de son premier film, Les vécés étaient fermés de l’intérieur. Bref, ensuite ça n’a plus jamais cessé et Jean s’est mis à faire toutes les semaines des pages d’actus, plus ou moins réussies, avec différents scénaristes. C'est probablement le personnage de Superdupont pour lequel il est le plus connu. Apparu pour la première fois dans le magazine en 1972, c’est lui qui poursuit les dessins du personnage créé par Marcel Gotlib et Jacques Lob à la suite de la disparition d’Alexis.
Pour Pilote il enchaîne la rubrique pop "En écoutant les images", "Jean Cyriaque" avec Jean-Pierre Dionnet, quelques "Grandes gueules" et ses premières "Animaleries", d’étonnants télescopages entre bestioles diverses et objets du quotidien. Un mélange des "genres" qui l’amènera plus tard, tel un moderne de Vinci, à imaginer les visuels de "From animals to animats" (Des animaux aux automates), une série de conférences internationales sur la bionique.
En novembre 1970, Jean et Mino se sont mariés et à partir de là, il s’est tourné vers la publicité, ce qui les a aidés financièrement, Julien naîtra en 1971 et son frère Christophe un an plus tard. A l’époque Pilote est très diffusé, beaucoup de gens connaissent l’hebdo et donc beaucoup de personnes connaissent Jean Solé. C’est comme ça qu’il est contacté pour réaliser la couverture du nouveau Guide du routard avec le mec et son sac à dos mappe-monde. C’est lui qui s’occupe de l’affiche des films Le Père Noël est une ordure et Elle voit des nains partout et c’est encore lui qui réalise une pochette pour Hendrix. Les choses faisant boule de neige, c’est dans ce contexte qu’on lui propose de faire des pubs pour des cigares ou pour la Société Générale. Mais travailler pour la pub est très mal vu à l’époque, c’est comme se prostituer et ses rapports avec certains collègues ne sont pas toujours excellents.

5

Les choses sont ensuite allées très vite. En 1972, transfuge de Pilote, Marcel Gotlib fait L’Écho des savanes avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka, jusqu’à la rupture. Du coup, ensuite, il crée Fluide glacial avec Jacques Diament et demande à Jean d’y participer dès le premier numéro. Il accepte et le suit, sans cependant quitter les autres supports qui le font travailler, continuant même à Pilote ! Comme il le dit lui-même, il bouffait à tous les râteliers.
Un sens taquin de la composition, qui l’amène à en mettre un peu partout, lui vaut d’être sollicité par les principales revues spécialisées et les autres. Il réalise les couvertures ou les pages de jeux du Point, de L’Express, de La Vie ouvrière, de Pilote, de Fluide Glacial, de Métal Hurlant, de L’Écho des Savanes, de Chic, voire de Pif Gadget, sans oublier les nombreuses couvertures pour des romans ou des essais. Il montre également un art consommé du lettrage et de la mise en couleurs. Sur un texte d’Yves Le Conte, chercheur à l’INRA, il dessine Les Abeilles pour le second tome de la Petite bédéthèque des savoirs du Lombard.
Il aurait pu apprendre un instrument, mais préfère jouer, comme il dit, de l’électrophone. La musique s’impose de fait comme son autre grande passion, thématique qu’il transcrit sous forme d’illustrations et de bandes dessinées, parues dans Pilote, Fluide Glacial, (À Suivre) ou Rock & Folk. D’Alan Stivell à Frank Zappa, des Stones aux Beatles, évidemment, en passant par Charles Trenet ou Richard Gotainer, son goût pour la caricature y est omniprésent.
Si Jean n’a pas une plus grande notoriété et visibilité publiques, c’est justement parce qu’il est difficile de le caser quelque part. Faire toujours la même chose est inenvisageable pour le tempérament qui est le sien, un indécrottable touche-à-tout génial et infatigable, techniquement capable de tout, passant avec une aisance insolente d'un dessin à un autre, d'une technique à une autre, du noir et blanc à la couleur, du réalisme à la caricature.
À la tête d'une oeuvre éparpillée, et n'ayant pas signé de série sur le long terme, il reste difficilement classable par les amateurs de bande dessinée, même si tous s'accordent à reconnaître qu'il existe un style Solé reconnaissable entre mille. Héritier de l'underground "made in USA", il se positionne comme le Crumb français.

6

Malgré ce style de vie professionnelle, il n’a jamais vraiment eu de problèmes d’argent, de boulot ou de passages à vide. Il a par ailleurs, au cours de sa carrière, remporté de nombreux prix, dont le Grand Prix de la ville d'Angoulême en 1993 et ses dessins ont été exposés dans des galeries à travers le monde, de Paris à Tokyo en passant par Los Angeles.
Dessinateur compulsif, auteur d'innombrables planches, de plusieurs centaines de couvertures, d'illustrations, d'affiches de cinéma, de pochettes de disques ou de publicités, il ne peut s'empêcher de dessiner, du matin au soir et du soir au matin, avec tous les outils mis à disposi-tion et sur toutes les surfaces possibles, y compris les plus improbables. Quand il n’est pas en train de travailler sur un projet précis, Jean griffonne un de ses nombreux carnets de croquis… Plusieurs dizaines à ce jour.
Chineur impénitent, attaché aux choses qui ont une âme, aux images imprimées, il collectionne des objets qu’il regroupe, selon l’espèce ou l’envie, dans de larges classeurs, qu’il accroche aux murs ou range dans des tiroirs ou dans des vastes malles. De quoi nourrir en réalité son imaginaire et lui ouvrir la porte de mondes insolites.
En 1977, l’éditeur La noria publie Animaleries, les animaux de Solé dans un album cartonné, qu’il rééditera en 1982 sous forme souple et financièrement plus abordable. Puis c’est Vents d’Ouest, qui reprend l’album en le repensant, lui ajoutant des compléments animaliers, sous le titre Animaleries et compagnie en 1981, une préface de Gotlib et nombre de dessins nouveaux, remplaçant quelques anciens écartés. Audie (Fluide glacial), journal-éditeur de séries légendaires de Solé, Superdupont entre autres, réédite l’album en 2015, sous le titre initial, dans une troisième version avec dessins nouveaux, dessins en moins, compléments éliminés mais préface gardée. Donc celui ou celle qui possède toutes les éditions, a l’intégralité des dessins parfois en double, parfois en triple, comme si chaque fois c’était un nouvel album. Ah l’arnaque ! N’oublions pas Mélodimages paru en octobre 1992 chez vent d‘Ouest, qui se veut avant tout un voyage graphique autour de la planète musique.
Jean Solé continue de vivre et de travailler dans le petit village de Champvoisy près d’Épernay.
Jean Solé est né le 2 août 1948 à Vic-Fezensac dans le Gers. Républicains catalans originaires de Barcelone, son père et sa mère ont fui le franquisme pour la France. Il a 6 mois lorsqu’il arrive à Paris avec sa mère, son frère Henri et sa sœur Élise. Son père comptable y est déjà, envoyé par son patron producteur d’armagnac. Ils s’installent à Maisons-Alfort dans un tout petit pavillon de banlieue.
Comme tous les enfants, il se met très tôt à dessiner, avant de savoir lire et écrire à la maternelle. D’ailleurs c’est là, paraît-il, sous le préau, qu’il fait sa première expo à l’initiative de la directrice qui trouve que ce qu’il fait est bien pour son âge. En primaire, Jean n’aime pas aller dans la cour de récré, il n’aime pas le sport, les jeux brutaux, alors il reste dans son coin à dessiner et fort logiquement, là où ses petits camarades cessent de dessiner, lui, continue.
Le jeune Jean ne brille pas par son parcours scolaire, au grand désespoir de ses parents qui se font un sang d’encre. Mais il n’y a rien à faire, sa tête n’est ni à la grammaire ni au calcul. Il fait honte à son père en séchant souvent l’école, en étant dissipé en classe, en faisant des bêtises pour faire rire les autres et en dessinant encore et encore. Ça dérange son père de le voir tout le temps dessiner, pour lui c’est une perte de temps et dit à son fils qu’il finira clochard. Sa mère, en revanche, est plus bienveillante.
Ils ne sont pas vraiment pauvres, mais vivent modestement et Jean ne conserve que de bons souvenirs de son enfance. Une enfance heureuse avec les illustrés, comme on dit à l’époque, qui sortent le jeudi. Chez lui, c’est Vaillant, le seul périodique de BD, que son père communiste tolère et Tintin que jean se voit offrir à Noël et qu’il n’aime pas trop. Le jeune garçon passe outre les interdictions et parcourt en cachette de petits formats de gare qu’il vole comme Rodéo, Kit Carson ou Buck John, dont il recopie parfois les couvertures et découvre successivement le journal Spirou et l’hebdomadaire Pilote à partir de 1959. À leur lecture, une chose évidente lui apparaît, il veut être dessinateur !
Son père est issu d’une famille de commerçants aisés. Il lit beaucoup, Zola, Hugo, écoute de l’opéra italien et les negro-spirituals, quant à sa mère, d’un milieu modeste, elle préfère les opérettes espagnoles et le tango. Son frère c’est plutôt le jazz et la chanson française rive gauche, genre Brassens, Brel ou Ferré. Enfin sa sœur, c’est la variété avec Charles Aznavour, Gilbert Bécaud ou le genre crooner américain comme Johnny Mathis. Jean est nourri de tout ça, fréquente Jules Verne, Alexandre Dumas, est très marqué par la 5ème symphonie de Beethoven, assiste de loin à la vague yéyé, même s’il a l’âge, écoute un peu Salut les copains sur Europe n°1 et subit son premier grand choc au cinéma avec West Side Story en 1962, le film qu’il verra 7 ou 8 fois et dont il a usé le disque jusqu’à la corde. Sa première idole est Stevie Wonder avec son titre Finger Tips, jusqu’au jour où, en allant voir Trini Lopez à l’Olympia, qu’il tombe dans le rock avec les Beatles en 1964.
Jean a également une grande soif de connaissances et fabrique dans sa chambre "Son journal" dont le contenu évoque les évènements du jour, politiques, faits divers, spectacles, qu’il donne ensuite à lire à toute la famille. Pourtant au collège, il a redoublé sa sixième, sa cinquième et à part le dessin, l’histoire et le français, il a toujours autant de mal. Bon en cours d’"atelier", on décide de l’orienter vers le métier de tourneur-fraiseur. C’est son professeur de français qui va réussir à convaincre ses parents, qu’il a des capacités pour dessiner et qu’il faut l’encourager dans cette voie. Il se retrouve donc au collège rue Saint-Benoît pour sa quatrième, puis, l’année suivante, et pour 3 années, rue Madame près de Saint-Germain-des-Prés. Bien entendu il y a toujours les matières d’instruction générale, mais il y fait du dessin industriel, du dessin artistique et y apprend à maîtriser les outils du graphisme, les tire-lignes et surtout la méticulosité, le fait de ne pas faire de tâches. Jean n’a qu’un diplôme, le certificat d’études, il a déserté le BEPC et c’est d’ailleurs le seul diplôme qu’il obtiendra dans sa vie. Pourtant dès lors, sa vie change du tout au tout.
Le quartier de Saint-Germain-des-Prés, c’est pour lui Boris Vian et Jean-Paul Sartre, les grands noirs américains du Club Saint-Germain, les Galeries, les cafés, un quartier en lien avec le milieu artistique et un côté estudiantin, de par le Quartier latin tout proche. Tout cela le marque beaucoup, l’éveille et soudain son horizon s’élargit. Il commence à entrer dans des galeries, à regarder ce qui s‘y expose, à côtoyer des peintres et des élèves des Beaux-Arts voisins et s’il sèche encore les cours, c’est pour traverser la Seine et fréquenter assidument le Musée du Louvre, gratuitement en tant que mineur et scolaire.
Mais en 1966, sa maman décède d’un cancer et à partir de là les relations avec son père se dégradent. Il considère que Jean ne fiche rien, alors qu’il dessine compulsivement, qu’il n’est qu’un dilettante bon à rien. Pour le calmer et se donner un statut officiel à ses yeux, il tente le concours d’entrée des Beaux-Arts de Paris, rue Bonaparte et en 1967, il est pris contre toute attente. Il a sa carte d’étudiant et son père va lui foutre la paix… pour un temps. Il choisit la section sculpture et est inscrit dans l’atelier de Cesar. Mais il n’y va pas souvent car il passe son temps à dessiner dans ses carnets, tout et rien.
Jean est déterminé à faire du dessin et de la bande dessinée, mais il ne sait pas trop la marche à suivre. Malheureusement arrive l’appel sous les drapeaux et ses 17 mois dans l’armée à Lons-le-Saunier dans le Jura. En effet, suite aux 80 jours d’arrêt que Jean fera durant son service militaire, les 16 mois obligatoires seront rallongés d’un bon mois supplémentaire.
Rentré à Paris, Jean trouve un travail chez ColorTrans, un labo photo au Kremlin-Bicêtre où il reste quelques mois. A la même période, en 1969-1970, il travaille sur une bande dessinée d’une vingtaine de pages destinée à Losfeld, qui ne sera jamais publiée. Puis il se rapproche du Théâtre École de Montreuil (TEM) pour lequel il réalise les affiches et les éléments de décors et où il joue même sur scène. Mais au bout d’un moment il ne peut plus tout faire. Jean vient de rencontrer Mino, qui tombe rapidement enceinte et malgré une certaine précarité, le jeune couple décide de garder le bébé. Pour assurer, il faut à Jean rapidement trouver du travail et il pense postuler chez Renault, à Billancourt. Ses copains vont l’en dissuader et le pousser à déposer un dossier chez Pilote. Seulement il n’ose pas, ne se sent pas prêt et est persuadé que ça ne peut pas marcher. Mais, finalement, il va quand même s’y résoudre…
Il se rend au siège de Pilote et y dépose un vieux carton à dessins contenant ce qu’il pense être le meilleur de ses travaux personnels. Un jour le téléphone s’est mis à sonner chez lui et c’est René Goscinny qui l’appelait. Le lundi suivant il était engagé et lors d’un de ses premiers bouclages, René Goscinny lui proposa de travailler avec Patrice Leconte, qui à l’époque faisait de la BD et c’est comme ça qu’il a fait quelques-unes de ses premières pages dans Pilote. Patrice Leconte lui demandera plus tard de réaliser l’affiche de son premier film, Les vécés étaient fermés de l’intérieur. Bref, ensuite ça n’a plus jamais cessé et Jean s’est mis à faire toutes les semaines des pages d’actus, plus ou moins réussies, avec différents scénaristes. C'est probablement le personnage de Superdupont pour lequel il est le plus connu. Apparu pour la première fois dans le magazine en 1972, c’est lui qui poursuit les dessins du personnage créé par Marcel Gotlib et Jacques Lob à la suite de la disparition d’Alexis.
Pour Pilote il enchaîne la rubrique pop "En écoutant les images", "Jean Cyriaque" avec Jean-Pierre Dionnet, quelques "Grandes gueules" et ses premières "Animaleries", d’étonnants télescopages entre bestioles diverses et objets du quotidien. Un mélange des "genres" qui l’amènera plus tard, tel un moderne de Vinci, à imaginer les visuels de "From animals to animats" (Des animaux aux automates), une série de conférences internationales sur la bionique.
En novembre 1970, Jean et Mino se sont mariés et à partir de là, il s’est tourné vers la publicité, ce qui les a aidés financièrement, Julien naîtra en 1971 et son frère Christophe un an plus tard. A l’époque Pilote est très diffusé, beaucoup de gens connaissent l’hebdo et donc beaucoup de personnes connaissent Jean Solé. C’est comme ça qu’il est contacté pour réaliser la couverture du nouveau Guide du routard avec le mec et son sac à dos mappe-monde. C’est lui qui s’occupe de l’affiche des films Le Père Noël est une ordure et Elle voit des nains partout et c’est encore lui qui réalise une pochette pour Hendrix. Les choses faisant boule de neige, c’est dans ce contexte qu’on lui propose de faire des pubs pour des cigares ou pour la Société Générale. Mais travailler pour la pub est très mal vu à l’époque, c’est comme se prostituer et ses rapports avec certains collègues ne sont pas toujours excellents.
Les choses sont ensuite allées très vite. En 1972, transfuge de Pilote, Marcel Gotlib fait L’Écho des savanes avec Claire Bretécher et Nikita Mandryka, jusqu’à la rupture. Du coup, ensuite, il crée Fluide glacial avec Jacques Diament et demande à Jean d’y participer dès le premier numéro. Il accepte et le suit, sans cependant quitter les autres supports qui le font travailler, continuant même à Pilote ! Comme il le dit lui-même, il bouffait à tous les râteliers.
Un sens taquin de la composition, qui l’amène à en mettre un peu partout, lui vaut d’être sollicité par les principales revues spécialisées et les autres. Il réalise les couvertures ou les pages de jeux du Point, de L’Express, de La Vie ouvrière, de Pilote, de Fluide Glacial, de Métal Hurlant, de L’Écho des Savanes, de Chic, voire de Pif Gadget, sans oublier les nombreuses couvertures pour des romans ou des essais. Il montre également un art consommé du lettrage et de la mise en couleurs. Sur un texte d’Yves Le Conte, chercheur à l’INRA, il dessine Les Abeilles pour le second tome de la Petite bédéthèque des savoirs du Lombard.
Il aurait pu apprendre un instrument, mais préfère jouer, comme il dit, de l’électrophone. La musique s’impose de fait comme son autre grande passion, thématique qu’il transcrit sous forme d’illustrations et de bandes dessinées, parues dans Pilote, Fluide Glacial, (À Suivre) ou Rock & Folk. D’Alan Stivell à Frank Zappa, des Stones aux Beatles, évidemment, en passant par Charles Trenet ou Richard Gotainer, son goût pour la caricature y est omniprésent.
Si Jean n’a pas une plus grande notoriété et visibilité publiques, c’est justement parce qu’il est difficile de le caser quelque part. Faire toujours la même chose est inenvisageable pour le tempérament qui est le sien, un indécrottable touche-à-tout génial et infatigable, techniquement capable de tout, passant avec une aisance insolente d'un dessin à un autre, d'une technique à une autre, du noir et blanc à la couleur, du réalisme à la caricature.
À la tête d'une oeuvre éparpillée, et n'ayant pas signé de série sur le long terme, il reste difficilement classable par les amateurs de bande dessinée, même si tous s'accordent à reconnaître qu'il existe un style Solé reconnaissable entre mille. Héritier de l'underground "made in USA", il se positionne comme le Crumb français.
Malgré ce style de vie professionnelle, il n’a jamais vraiment eu de problèmes d’argent, de boulot ou de passages à vide. Il a par ailleurs, au cours de sa carrière, remporté de nombreux prix, dont le Grand Prix de la ville d'Angoulême en 1993 et ses dessins ont été exposés dans des galeries à travers le monde, de Paris à Tokyo en passant par Los Angeles.
Dessinateur compulsif, auteur d'innombrables planches, de plusieurs centaines de couvertures, d'illustrations, d'affiches de cinéma, de pochettes de disques ou de publicités, il ne peut s'empêcher de dessiner, du matin au soir et du soir au matin, avec tous les outils mis à disposi-tion et sur toutes les surfaces possibles, y compris les plus improbables. Quand il n’est pas en train de travailler sur un projet précis, Jean griffonne un de ses nombreux carnets de croquis… Plusieurs dizaines à ce jour.
Chineur impénitent, attaché aux choses qui ont une âme, aux images imprimées, il collectionne des objets qu’il regroupe, selon l’espèce ou l’envie, dans de larges classeurs, qu’il accroche aux murs ou range dans des tiroirs ou dans des vastes malles. De quoi nourrir en réalité son imaginaire et lui ouvrir la porte de mondes insolites.
En 1977, l’éditeur La noria publie Animaleries, les animaux de Solé dans un album cartonné, qu’il rééditera en 1982 sous forme souple et financièrement plus abordable. Puis c’est Vents d’Ouest, qui reprend l’album en le repensant, lui ajoutant des compléments animaliers, sous le titre Animaleries et compagnie en 1981, une préface de Gotlib et nombre de dessins nouveaux, remplaçant quelques anciens écartés. Audie (Fluide glacial), journal-éditeur de séries légendaires de Solé, Superdupont entre autres, réédite l’album en 2015, sous le titre initial, dans une troisième version avec dessins nouveaux, dessins en moins, compléments éliminés mais préface gardée. Donc celui ou celle qui possède toutes les éditions, a l’intégralité des dessins parfois en double, parfois en triple, comme si chaque fois c’était un nouvel album. Ah l’arnaque ! N’oublions pas Mélodimages paru en octobre 1992 chez vent d‘Ouest, qui se veut avant tout un voyage graphique autour de la planète musique.
Jean Solé continue de vivre et de travailler dans le petit village de Champvoisy près d’Épernay.