Christopher Norton Moore est né le 1er juin 1947 à Rotherham, dans le Yorkshire du Sud, en Angleterre. Il grandit à Swinton, une petite ville industrielle située à huit kilomètres de Rotherham, près de Mexborough. C'est une ville minière et sa famille habite en périphérie.....
Christopher Norton Moore est né le 1er juin 1947 à Rotherham, dans le Yorkshire du Sud, en Angleterre. Il grandit à Swinton, une petite ville industrielle située à huit kilomètres de Rotherham, près de Mexborough. C'est une ville minière et sa famille habite en périphérie.
Son père n’a aucun lien avec la mine, il est vendeur. Quand il a quitté l'école, il devait commencer un apprentissage dans une entreprise de dessinateurs mais son père ne l'a pas laissé faire, l’obligeant à prendre un travail à la coopérative locale. Aussi à l'époque vend-il du thé pour Lyons, puis se sera du bacon pour la Danish Bacon Company et plus tard, représentant pour une entreprise d'importation, il vendra des produits laitiers à des grossistes. Sa mère est assez artistique, elle fait beaucoup de broderie et a toujours été très douée en arts plastiques à l'école. Très, très tôt, le petit Chris dessine des avions, des voitures et tout ce genre de choses et il ne doit pas avoir plus de quatre ou cinq ans lorsqu’il dit pour la première fois, qu’il veut être dessinateur publicitaire. Un artiste commercial pour produire ce que quelqu'un veut.
A quinze ou seize ans il fait partie d’un groupe de musique, The Black Jacks, et après avoir tiré au sort pour savoir qui allait faire quoi, il se retrouve chanteur. Ils n'ont pas de sono et c’est son père qui lui paye une chambre d'écho et un micro. Il n’a plus qu’à se trouver un style et il copie la façon dont Cliff Richard chante.
Chris poursuit ses études secondaires à la Mexborough Grammar School et ses résultats ne sont pas très brillants, aussi son père lui suggère-t-il, qu’il pourrait peut-être s'engager dans l'armée. C'était sa carrière, avant et pendant la guerre. Il pense que l'armée ou la police pourraient lui convenir. Peut-être pense-il inconsciemment que son fils a besoin d'une certaine discipline, mais Chris ne partage pas son avis et au final ses parents le laissent essayer tout ce qu’il veut faire. Il veut aller dans une école d’art et ils ne vont pas le décourager. Il est doué et reçoit beaucoup de soutien de la part de son professeur d'art, mais il ne peut pas entrer dans une grande école d'art et se retrouve à la Doncaster School of Art, qui est une sorte d'école d'art locale dans la ville. Ce n'est pas du tout une université et il y est allé pendant un an, puis a postulé dans trois autres écoles d'art pour suivre un cursus diplômant.
A la Doncaster School Art il étudie, un peu, l'histoire de l'art, dessine, tout simplement, s'amuse avec des logiciels graphiques et de peinture et fait de la linogravure, beaucoup de lithographies.
Une de ses demandes pour suivre un cursus diplômant de trois ans qui menait à une licence en graphisme, ou quelque chose comme ça, le conduit au Maidstone College of Art de 1966 à 1969, trois années très belles et très instructives. Il sait qu’il veut devenir illustrateur et la plupart des professeurs et des responsables du cursus sont eux-mêmes illustrateurs. Gerald Rose est l'un d'entre eux et va beaucoup l’influencer.
Il est ensuite accepté au Royal College of Art pour étudier l'illustration et faire un master entre 1969 et 1972. Pour quelqu'un qui apprend lentement comme lui, c'était idéal. Il se retrouve bientôt dans un groupe où tous les étudiants ont les mêmes aspirations, un minimum de talent, se stimulent et s'inspirent les uns les autres.
L’objectif pour Chris au Royal College of Art, s'il y a un objectif, est de travailler avec des personnes qui n'ont pas encore complètement défini ce qu'elles veulent faire. Des personnes qui sont encore malléables dans une certaine mesure, que ce soit par le personnel, par leurs propres influences ou autre et Chris est un peu comme ça. D’ailleurs ce qu’il va finir par faire n'a aucun rapport avec ce qu’il faisait auparavant.
À cette époque, ses principales influences sont Toulouse Lautrec et des illustrateurs américains de magazines de mode comme Bernie Fuchs et Bob Peak. Leurs œuvres ont une sorte de finesse, ils n'ont pas peur du médium, peuvent le manipuler à leur guise et en tirer quelque chose. Un choix qui a laissé les membres du Royal College un tant soit peu pantois.
La chance faisant parfois bien les choses, c’est également au Royal College qu’il commence à travailler avec l'aérographe. Mis au pied du mur par Gordon Thompson, un de ses amis, qui a besoin d’aide pour un projet, il trouve un aérographe à l'université et demande à Dan Fern comment s'en servir, il est dans la promotion au-dessus de la mienne et a déjà utilisé un aérographe. Il est aujourd'hui professeur d'illustration dans cette même université. Chris a essayé et ça a été le coup de foudre.
Dès que les graphistes ont su qu'il y avait quelqu'un dans l'équipe d'illustration qui savait utiliser un aérographe, Chris a commencé à recevoir toutes sortes de commandes au sein de l’université. Il a ainsi acquis une expérience pratique et de solides bases en réalisant des illustrations pour ses camarades du département de graphisme.
Au final, en plus de sa propre exposition de fin de cursus, une grande partie de ce qui est présenté lors de l'exposition des diplômes en graphisme est des travaux que Chris a réalisés pour d'autres personnes. Suite à cette exposition, Chris reçoit plusieurs propositions pour enseigner. L'une à Kingston, l'autre à Maidstone. Celle de Kingston ne s'est pas concrétisée et celle de Maidstone n'a abouti qu'environ deux ans après son départ. À ce moment-là, Chris a déjà créé un groupe de design à Londres, à Covent Garden, qui est à l'époque un peu un ghetto pour les designers, les illustrateurs et les photographes.
Il accepte Maidstone et travaille quelques semaines par trimestre en échange d'un peu d'argent et de beaucoup d'admiration. Trois jours par semaine, six jours au total. Mais pour être honnête, la carrière d'enseignant ne l'intéresse pas beaucoup même si c'est plutôt gratifiant pour l'ego. Il leur transmet un peu de ses connaissances, s'assoit avec eux pour discuter et boire un café, leur propose un projet et a vraiment toute leur attention. Même génial, si en plus, certains d'entre eux comprennent que l'art n'est pas seulement une question de décoration et d'embellissement, mais qu'il s'agit avant tout de pensée originale.
Lorsqu’il quitte l'université en 1972, il se dit qu’il pourra toujours vivre de l'art, d'une manière ou d'une autre. C’est donc la même année, qu’il s'associe à Michael Morris, également diplômé en graphisme du Royal College Art, pour créer Moore Morris Ltd. Ils sont installés à Covent Garden et travaillent dès le premier jour sur des couvertures de livres, de magazines et de disques. Ils travaillent en quelque sorte en équipe, en élaborant des concepts et en essayant de trouver des idées. Mick est très créatif, très cultivé, très intelligent, et pendant longtemps, Chris s'occupe des images et lui du texte et du design. Ils se font vite la réputation d’être ceux qui résolvent les problèmes.
Chris a réalisé sa première couverture de livre en 1972 chez Faber, pour The Black Book de Lawrence Durrell. Mais à l’époque c’est l’éditeur Penguin Classics, qui fixe la mode des couvertures, un graphisme audacieux plutôt qu’une peinture réaliste, laissant une certaine marge de manœuvre pour les couvertures illustrées. Il y a Chris Foss et ses œuvres de science-fiction, mais aussi des illustrateurs décoratifs, comme Peter Bentley, Bush Holyhead ou George Hardie. Bref, une période très dynamique.
L’évolution artistique de Chris va le conduire à faire des couvertures de science-fiction le jour où Pete Bennett, directeur artistique chez Associated Book Publishers pour qui il a déjà réalisé plusieurs couvertures, lui a soudainement dit qu’il pourrait faire des trucs de science-fiction, le mettant en quelque sorte sur la voie, et c'est tout. Les débuts sont un peu difficiles, car Chris ne connaît rien à la science-fiction. Il a vu 2001 et c'est à peu près tout. Mais tout cela change lorsque Chris réalise sa première illustration de couverture de science-fiction pour Extro d'Alfred Bester (l'édition britannique de The Computer Connection), publié en 1975. Parmi ses autres travaux dans le domaine de la science-fiction, il y a la couverture de la deuxième édition de l'Encyclopédie de la science-fiction (1993), qui présente son interprétation de l'homme de Vitruve de Léonard de Vinci, ainsi que les couvertures de livres pour la série SF Masterworks de l'éditeur Orion.
Le travail de Chris n'entraîne que très peu de dépenses au sein de Moore Morris Ltd., tandis que celui de Michael nécessite l’achat de photographies, de caractères typographiques et tout ce genre de choses qui coûtent de l'argent. Les bénéfices déséquilibrés vont être la cause de la séparation du groupe de design de Covent Garden en 1980, date à laquelle Chris se marie et quitte le centre de Londres.
Chris et son épouse partent à la campagne près de Blackheath. Ils ont une grande maison à Lewisham, puis ils déménagent de nouveau dans l'East Sussex, dans un endroit appelé Five Ashes, qui est un coin très agréable. Sur le plan professionnel bien qu'il soit déjà un illustrateur reconnu, quitter Londres et s'éloigner de ses principaux marchés est une décision audacieuse. En effet, une grande partie du travail de Chris jusqu'alors est, selon lui, le résultat de sa proximité avec le milieu. Par exemple, la réalisation de pochettes d'albums pour de nombreux artistes et groupes comme Rod Stewart (The Vintage Years), Magnum, Journey, Fleetwood Mac (Penguin), Capricorn Compilations Inc. (The Allman Brothers Band), Lindisfarne (Magic in The Air et The News), Status Quo (Just Supposin! et 12 Gold Bars) et Pentangle ( Pentangling). D'autres travaux ont suivi pour Phonogram, Polydor et Transatlantic Records. Il a imaginé des concepts graphiques pour The Chanter Sisters, gérées par Justin de Villeneuve, célèbre pour avoir découvert Twiggy, et pour Rick Wakeman de YES (No Earthly Connection).
Mais ce départ ne nuit en aucun cas à ses contrats et à sa charge de travail. Outre son travail sur des titres d'Isaac Asimov, Larry Niven, Frederick Pohl, Anne McCaffrey, Clifford D. Simak, Kurt Vonnegut, J.G. Ballard, Arthur C. Clarke et Samuel R. Delany, Chris est également l'artiste de prédilection d'écrivains plus grand public tels que Jeffery Archer, Frederick Forsyth, Jackie Collins, Claire Francis, Stephen Leather, Wilbur Smith, Terence Strong et Colin Forbes.
Au début des années 80, Chris rejoint Artist Partners, considérée par beaucoup comme la meilleure agence et la plus établie du Royaume-Uni. Dom Rodi, son directeur général, était auparavant directeur artistique chez Sphere Books et Chris et lui ont déjà travaillé ensemble sur de nombreux projets. Ils forment une bonne équipe, travaillant ensemble sur des concepts de couverture et offrant un service complet à l'industrie de l'édition. Ensemble, ils réfléchissent à des idées jusqu'à ce qu'ils trouvent quelque chose qui, selon eux, conviendra à un livre en particulier.
Le premier voyage de Chris aux États-Unis, vers 1984, lui vaut des commandes de Dell et Vintage/Random House. En 1987, il s'est déjà fait un nom auprès de Judy Loser chez Vintage/Random House et a réalisé des couvertures pour des romans littéraires plus sérieux que les livres de poche grand public habituels. Cela lui a permis de proposer des concepts plus éditoriaux tout en conservant leur attrait en tant que couvertures. Parmi les titres figuraient Steps de Jerzy Kosinsky, The Ultimate Good Luck de Richard Ford, Angels de Denis Johnson, The All-Girl Football Team de Lewis Norden et Ellen Foster de Kaye Gibbons.
À la fin des années 80, Chris se trouve un agent aux États-Unis, Bernstein and Andriulli Inc. Grâce à cette agence, il reçoit une grande variété de commandes, notamment des campagnes publicitaires majeures, mais aussi des contrats plus classiques pour des couvertures de livres et des pochettes d'albums. Il travaille pour des éditeurs américains tels que Harper Collins, Daw, Random House, Tor Books, Bantam Books, Penguin Books, Dell, Warner Books, Avon, Berkeley, Ballantine, William Morrow et Pocket Books. Ses œuvres sont publiées dans Omni Magazine, Analog, Science Fiction Age et Isaac Asimov's Science Fiction. Au Royaume-Uni, il travaille pour Transworld, Orion, Pan, Penguin, Harper Collins, Sphere, Hodders, Associated Book Publishers (Magnum), Headline, Random House, Time Warner, Octopus, Hamlyn et bien d'autres.
Sa première rencontre avec l'industrie cinématographique remonte à 1989, lorsque son agent lui organise une réunion avec Stanley Kubrick pour discuter d'un projet basé sur Supertoys Last all Summer Long de Brian Aldiss. Il réalise quelques croquis pour les peintures de production, mais ne réussit pas à s'entendre avec Kubrick sur le prix du travail. De plus, Kubrick ne veut pas travailler par l'intermédiaire de l'agent de Chris, ce qui est une situation inconfortable, étant donné que c'est son agent qui a créé cette opportunité. Chris refuse le travail par principe et le projet sera finalement réalisé après la mort de Kubrick sous le titre AI, par Steven Spielberg.
En 1995, encouragé par son bon ami Jim Burns, il assiste à une convention mondiale de science-fiction à Glasgow (Glascow Worldcon) où il expose pour la première fois certaines de ses œuvres originales. Lorsque Jane et Howard Frank, de Worlds of Wonder à Washington, lui achètent deux de ses peintures, il comprend qu'il existe un marché pour ses œuvres originales.
Lors de cette même convention, il rencontre et se lie d'amitié avec son collègue artiste Fred Gambino. Celui-ci va jouer un rôle déterminant en le persuadant, lui qui est réticent, d'intégrer la technologie informatique dans son travail. Il est tellement réticent qu'il lui faudra cinq ans pour acheter son premier ordinateur ! L'une des peintures numériques les plus remarquables de Chris a été réalisée pour la couverture de La Guerre des mondes dans Graphic Classics : H.G. Wells. Il s'agit d'une publication Orion de 1998 qui combine La Guerre des mondes et La Machine à explorer le temps en un seul volume. Chris explique qu'il voulait vraiment que l'atmosphère soit à la fois britannique et wellsienne et que ce serait bien d'avoir Big Ben comme horloge à côté du trépied martien, afin de donner une présence aux deux thèmes dans la même image.
Les œuvres de Chris ont été publiées dans le magazine Rosebud 23, un magazine de fiction, de poésie et d'art, ainsi que dans Fantasy Art Masters (1999, Watson-Guptill). Il a participé en tant qu'auteur au livre de Fred Gambino, Ground Zero, en contribuant à un chapitre aux côtés d'autres artistes et auteurs tels que Jim Burns, Robert J. Sawyer, David Brin et Elisabeth Moon.
Journeyman: the Art of Chris Moore, de Stephen Gallagher, est un livre richement illustré qui explore la vie, l'art et la technique de l’artiste. Le livre a été publié en 2000 par Paper Tiger. Neuf ans plus tôt, en 1981, Dragon Dreams avait publié Parallel Lines, un livre présentant les œuvres de Chris Moore et Peter Elson (décédé en 1999). Il a été suivi par Dream Makers de Martyn Dean, en 1988. Le livre a été publié par Paper Tiger et présentait des illustrations de Melvyn Grant, Julek Heller, Michael Kaluta, Berni Wrightson, Charles Vess et Chris Moore.
Malgré toutes ces réalisations, Chris n'a jamais cherché à se mettre en avant. Mis à part un prix du public pour La Meilleure Couverture décerné par le magazine Asimov's, sa seule reconnaissance publique à ce jour est le Pink Pig Award, remis en 1982 par Women in Publishing pour Higher Tech, une peinture représentant une robot féminine sensuelle !
Chris a toujours dit que le processus d'illustration de ses couvertures de science-fiction et de fantasy est plus un voyage de découverte que de création. Que tout ce qu’il a toujours voulu au fil des ans, c'est gagner le respect de ses pairs. Qu’ils savent ce qu'il faut pour survivre et réussir dans ce métier et il aime à penser qu’il a non seulement gagné leur respect, mais aussi leur amitié.
Chris Moore est décédé le 7 février 2025 à son domicile de Charmouth, sur la côte sud-ouest de l'Angleterre où il s’était installé avec sa seconde épouse Katie, après le départ de leurs enfants.