Peter Mohrbacher est né le 15 octobre 1983 dans l'Illinois aux Etats Unis. Pendant toute son enfance, il fait de simples dessins de personnages de jeux vidéo et personne ne le considère comme un futur artiste. Ce n'est qu'au lycée, vers 16 ans, qu'il commence à se passionner pour l'art et que naît en lui une forte envie de faire des œuvres d’art. Enormément de gens lui font alors remarquer, que c'est plutôt tardif étant donné que la plupart des artistes disent qu'ils le font depuis leur naissance, sous entendant qu’il est soit un retard à la mode, soit un simple retardataire.
Il survit en projetant ses fantasmes sur des rames de papier d'imprimante qu’il vole à l'école pour alimenter le nombre de dessins qu’il fait. A l’époque, il aime beaucoup les dessins animés, aussi dessine-t-il des personnages de dessins animés en même temps qu’il conçoit et redessine ses propres personnages encore et encore. Une fois commencé, il n'a plus eu d'autre choix que de continuer.
Au moment d'entrer à l'université, il se laisse entraîner dans l'une de ces horribles écoles "à but lucratif" parce que c'est l'une des seules à proposer un programme d'art orienté vers le jeu vidéo. Il veut vraiment travailler dans l'industrie du jeu et cela lui semble être le meilleur moyen d'y entrer, mais il aurait dû faire plus de recherches sur cette école. En effet, le programme et les installations sont horribles et s’il apprend quand même à créer des jeux vidéo, il en profite surtout pour s'impliquer dans des communautés en ligne comme CGTalk et Deviantart où publier ses premières œuvres et voir les réactions des autres est comme un jeu super stimulant. Quelques mois plus tard, lorsqu’il obtient sa licence en Game Art and Design avec l'ambition de devenir développeur de jeux, il sait peindre numériquement et il s'avère, que la peinture lui a permis d'aller plus loin que le diplôme. Si l'expérience globale d'être dans un environnement créatif a fait une énorme différence sur son développement, l'éducation scolaire elle-même semble n’avoir eu qu’un effet très mineur sur lui et c'est à cette époque qu’il découvre sa voie en tant qu'artiste.
Peter est donc l'un de ces autodidactes qui ont grandi sur l'Internet et fait peut-être partie de la première vague d'artistes qui ont commencé par apprendre la peinture numérique dans un forum démocratique. C’est pour cela, alors qu’il démarre sa vie professionnelle avec une carrière dans le développement de jeux, qu’il continue à faire de l'art pour lui-même comme lorsqu’il apprenait à peindre et qu’il commence à développer ses propres thèmes et illustrations, fruits d'une exploration de ce qui lui vient naturellement à l'esprit, donnant naissance à Angelarium.
En 2005, l'artiste Peter Mohrbacher découvre qu’il existe des milliers d'anges avec un prénom à travers de nombreuses mythologies et créé le projet Angelarium, qui allait ensuite faire partie de sa vie quotidienne, afin d'identifier les anges, de leur donner un visage et de les faire découvrir. Même alors qu’il n'y prête pas attention, le projet va se répandre sur Internet et continuer sa propre vie. Le nom du projet va même aller jusqu’à définir l'idée de figures angéliques surréalistes et les fans qui l'entourent vont eux, inciter Peter à continuer à créer de nouveaux modèles.
Sa première influence avait été le dessin animé, Evangelion, en particulier. Mais au fil des années, toutes les œuvres d'art mêlant le fantastique et le surréel ont attiré son attention et il s’est donc mis à regarder des artistes fantastiques contemporains comme Brom, Kuang Hong et Zdzislaw Beksinski ou encore, Wayne Barlowe, Eric Fortune et Allen Williams. Des artistes qui submergent l'imagination de leur public par la présence de leurs œuvres et qui vont l’inciter à essayer d'explorer une imagerie plus horrifique. Il décroche donc ses premiers contrats parce qu’il fait déjà du fantastique, du surréalisme et de l'horreur, des genres qu’il souhaite explorer plus professionnellement.
Il travaille plusieurs années dans l'industrie du jeu, sur des titres très peu médiatisés et parfois sans succès. Puis vient la période White Wolf avec, entre autre, leur nouvelle série Changelin et de 2011 à 2014 l’aventure Magic : The Gathering en tant qu'artiste conceptuel, illustrateur et directeur artistique, où il créé tous les types de cartes ainsi que les concepts des jeux Return to Ravnica et Theros, aidant à concevoir les personnages et les créatures.
Bien entendu il continue, épisodiquement, d’alimenter sa collection Angelarium durant toutes ces années. Mais si Peter le jeune avait toujours eu du mal à se socialiser et à entrer en contact avec les autres, Peter l’artiste a, lui, du mal avec les patrons. Il accorde beaucoup d'importance à la valeur qu'un artiste a de son travail et le fait d'être dirigé par quelqu'un d'autre a tendance à fausser cette auto-évaluation. C'est une chose de vouloir quelque chose de différent, mais Peter a besoin d'un peu de motivation supplémentaire pour aller dans la direction qu'il a choisie et cette motivation, il va la trouver auprès d'un autre artiste indépendant.
C'est lorsqu’il voit mon ami
Sam Flegal gagner autant d'argent avec une peinture personnelle, que lui est payé pour faire une carte Magic, qu’il comprend qu'un artiste peut connaître un vrai succès à une échelle qui lui est accessible. Une fois son dernier emploi terminé, il n’hésite pas, fait ses valises et commence à travailler comme indépendant.
Le succès qui suit est instantané. Peter s'est construit un public en ligne pendant une décennie en présentant son travail sur autant de supports qu'il pouvait en trouver et lorsqu'il devient finalement indépendant, ses fans sont prêts. Nous sommes en 2015 et Peter va pouvoir se concentrer à plein temps à Angelarium.
Peter aime toujours peindre numériquement et il ne s’arrêtera jamais, mais il commence également à peindre avec de vrais pinceaux. Il touche à l'huile, à l'acrylique et à l'aquarelle, mais ce n'est guère plus que du tâtonnement. Il pense que le fait de s'y intéresser de plus près l'aidera à mieux comprendre cette technique artistique. Il reconnaît, que tous les artistes numériques désireux d'approfondir leurs connaissances en matière de peinture, ne doivent absolument pas commettre l'erreur qu’il a faite. Ils doivent commencer à peindre de manière traditionnelle très tôt et souvent. Le fait de prendre un pinceau lui a ouvert les yeux sur des choses qu’il n'aurait jamais apprises autrement. Par exemple, il n’est pas certain qu'il soit possible d'apprendre véritablement ce qu'est la couleur tant qu'on n'a pas passé du temps à mélanger de la peinture sur une palette. Il n’a d’ailleurs jamais vécu une expérience aussi profonde au cours de son éducation artistique.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, Peter se dit que le moment pour lui est venu d’être payé pour dessiner ce qu’il a envie de dessiner et pour faire ce qu’il a envie de faire et c’est avec son mentorat et son projet personnel, qu’il va s’en rapprocher le plus.
Angelarium, n'est pas une série d'illustrations. Ce n'est pas un livre d'art ou une bande dessinée. Ce n'est pas non plus une série de gravures ou de figurines. C'est un espace où Peter peut utiliser des métaphores pour décrire ses expériences. Cela lui donne la liberté de se manifester sur n'importe quel support et de raconter n'importe quel nombre d'histoires. Son objectif est de créer des œuvres honnêtes et intéressantes sur ce qu’il a envie et avec qui il a envie. Projet personnel de l’artiste depuis l’université, l'univers visuel de l'hôte céleste a depuis trouvé une nouvelle vie sous la forme d'une série d'œuvres d'art financée par Patreon, qui présente son propre canon superbement bizarre de divinités imposantes et de démons de moindre importance, dévoilé tous les jeudis à l'attention des supporters.
Pour ce qui est du mentorat, Peter en fait sous une forme ou une autre depuis longtemps. Il partage des informations sous la forme de blogs, de live streams, de création de communautés et de podcasts depuis presque aussi longtemps qu’il est professionnel. Simplement aujourd’hui qu’il a moins de temps libre, il a décidé d'essayer de concentrer cet effort sur un programme payant.
Son programme de mentorat ressemble davantage à une thérapie par l'art qu'à un cours d'art. De nombreuses personnes sont freinées par leurs propres idées sur ce qu'elles devraient faire ou sur ce qu'elles pensent que les gens veulent voir. Il encourage ses participants à affiner et à développer leurs compétences par le biais d'une série d'évaluations et de commentaires, ainsi qu’à explorer leurs influences et à prendre la résolution de s'imposer des normes plus élevées. Parler chaque semaine de la philosophie de l'art, de ce qui fonctionne dans une oeuvre particulière et de la manière de reconnaître sa propre intuition peut être très utile.
En tant que peintre nativement numérique, le travail de Peter est largement collectionné via des tirages en édition limitée. C’est dans le même esprit, qu’à partir de 2018, il devient l’un des premiers à adopter les NFT et vend ses dernières œuvres directement sous forme de créations numériques rares. C’est également parce qu’il est curieux et qu’il a l’esprit ouvert, qu’il n’hésite pas à ouvrir des portes que certains autres artistes évitent même d’approcher. Il en arrive donc logiquement, à tester l’IA pour générer des idées, de l'inspiration et de la composition. Estimant que les programmes de génération d'images par l'IA comme Midjourney sont des outils plutôt qu'un remplacement et considérant la génération d'images par l'IA de manière beaucoup plus pratique que la plupart des artistes qui semblent s'y opposer parce qu'ils estiment que ce n'est "pas du vrai art" ou qu'il s'agit d'une "violation des droits d'auteur", il finit par en donner une évaluation équilibrée, se faisant par là-même quelques ennemis.
Du côté positif, il affirme que certains aspects peuvent être utiles, à condition qu'ils soient au service de la création de choses, comme par exemple aider à peaufiner les peintures terminées ou pour donner des idées pour de nouvelles peintures. Il y a également toute cette texture et tout ce matériau qui peuvent être utilisés pour créer quelque chose en photo. L’IA pourrait alors être considérée comme un "assistant de l’artiste", ajoutant des traits et de la clarté à l’art ou servant de portail d’inspiration.
Du côté négatif, il souligne les inconvénients de retirer totalement l’esprit humain du processus artistique. Les images non guidées par l’esprit manquent de l’ingrédient essentiel du sens, le récit. Les spectateurs aspirent à quelque chose qui va au-delà d’un simple amalgame de styles esthétiques, il doit y avoir une certaine narration. Ils veulent des œuvres d’art qui racontent une histoire. Tant mieux si l’œuvre d’art est techniquement exceptionnelle, mais sans un créateur aux commandes, sans la direction intelligente d’un esprit, l’image n’est guère meilleure qu’un regard vide, qui ne communique avec rien. L’histoire derrière l’art est importante, pas seulement la compétence technique.
Même s’il est convaincu qu’il existe encore des applications potentiellement utiles de l’art assisté par l’IA, Peter a retrouvé l’amour et le respect pour ses anciennes méthodes de travail. Il a fait le tour de la créativité assistée par l’IA et a bouclé la boucle jusqu’à son carnet de croquis. Il croit fermement que s’il veut créer plus d’art avec une qualité supérieure, il doit simplement passer plus de temps à dessiner. Il y a actuellement beaucoup de controverses autour de l’IA dans lesquelles il n’a vraiment pas envie de se lancer, c'est toujours triste de voir la communauté artistique se battre. Même si prendre parti ne l'intéresse pas, il n'a toujours pas de problème avec les modèles de formation en IA construits sur ses oeuvres et il a hâte de les utiliser pour expérimenter des façons de remixer son art de manière inattendue. Il a même un point de vue très particulier sur les personnes qui utilisent son style pour générer des images. En effet, si quelqu'un peut créer une machine Peter Mohrbacher, il est probable qu'il s'ennuiera et, finalement, voudra essayer quelque chose d'autre, car il est certainement la seule personne à vouloir créer ce type d'illustrations avec cette répétition.
Pour les premiers anges, Peter a écrit un peu de poésie pour chacun d'entre eux. Il ne saurait dire pourquoi exactement, mais cela lui a toujours semblé nécessaire. Il s’est ensuite associé à Eli Minaya qui, ayant mené une grande partie des recherches d’Angelarium, s’est mis aussi écrire un peu. Il s’est ensuite avéré que les deux complices étaient tout à fait du même avis en ce qui concerne les descriptions visuelles de ces personnages et c’est donc Eli, qui s’est mis à cent pour cent à l'écriture.
Les œuvres de Peter Mohrbacher sont à découvrir dans ses deux livres, Angelarium: Book of Emanations (2015 – Magnetic Press) et Angelarium: Book of Watchers (2021 - Mohrbacher Art Incorporated).
Peter n'a pas l'intention de faire autre chose qu'Angelarium avant longtemps. Avec un nombre presque infini d'idées à représenter et d'histoires à raconter, il peut passer le reste de sa vie à en faire. Se remettre à travailler sur ce projet ne lui a pas semblé être un retour à ses débuts, mais plutôt un retour à son centre. Au fur et à mesure qu’il évolue dans sa vie, il est sûr que d'autres idées deviendront suffisamment centrales pour avoir la priorité. Mais en attendant, il va continuer à peindre des anges.
Peter vit et travaille à Sarasota, la station balnéaire de Floride.