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KINKADE Thomas

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William Thomas Kinkade III est né le 19 janvier 1958 à Placerville, petite ville du nord-est de la Californie dans le comté de Sacramento. Après le divorce de Maryann et William Thomas Kinkade II, ses parents, lui, son frère Patrick et sa sœur Katie sont élevés par leur mère, qui va leur inculquer les valeurs simples et essentielles à la vie.....
 

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William Thomas Kinkade III est né le 19 janvier 1958 à Placerville, petite ville du nord-est de la Californie dans le comté de Sacramento. Après le divorce de Maryann et William Thomas Kinkade II, ses parents, lui, son frère Patrick et sa sœur Katie sont élevés par leur mère, qui va leur inculquer les valeurs simples et essentielles à la vie. Cependant cette séparation alors qu’il est enfant, va lui laisser un sentiment de honte, lié à son foyer brisé et à son éducation modeste et laborieuse. Il a le sentiment très profond d’être inférieur aux autres, que son père absent et le fait de ne pas avoir de logement décent le rend en quelque sorte moins important. Leur mère est si pauvre qu'ils ne pouvaient souvent pas se permettre le chauffage ou l'éclairage.
Dès son plus jeune âge, Thomas aime dessiner. Il est d’ailleurs connu dans Placerville comme "le gamin qui dessine" et sa famille l'encourage à poursuivre cette passion. Par un heureux hasard, l'artiste Glenn Wessels installe son atelier juste à côté de la maison des Kinkade. Glenn Wessels a été l’élève de l'artiste Hans Hofmann à Munich et enseigne la théorie des couleurs et le dessin abstrait à l'UC Berkeley. Thomas a onze ans, lorsqu’il se lie d'amitié avec Glenn Wessels. Celui-ci va lui enseigner quelques techniques de peinture de base, pour ensuite le prendre sous son aile et devenir son mentor artistique quelques années plus tard.
Il a 16 ans et veut être artiste, c’est son rêve. Cependant, il se rend compte aussi que… il ne veut pas finir comme Van Gogh et pourtant une petite voix en lui, lui dit qu’il veut lui ressembler, pour atteindre la grandeur. Thomas termine ses études secondaires à l'El Dorado High School en 1976. Encouragé par Glenn Wessels, il obtient une bourse d'études complète pour s’inscrire à l'université de Californie à Berkeley où il cohabite durant sa première année avec James Gurney. Après deux ans où il étudie l'histoire de l'art et suit des cours en atelier à Berkeley, il est transféré à l'Art Center College of Design de Pasadena pour d’obscures raisons de dépression. C'est à l'Art Center College of Design qu’il connaît une conversion religieuse et devient un fervent croyant. C’est également là qu'il commence à expérimenter des techniques permettant de capturer la lumière et de créer des effets de lumière et d'atmosphère dans ses peintures, technique qui allait devenir sa marque de fabrique. Quand il s’est converti, son art s'est converti et c'est à ce moment-là que la lumière divine a commencé à imprégner ses peintures.
Durant cette période, Thomas est extrêmement expérimental et possède un univers fantasy et un style cartoon singulier. Il s'imprègne d'influences diverses, allant de l'œuvre personnelle et singulière d'Andrew Wyeth aux bandes dessinées satiriques et provocatrices de Mad Magazine et de R. Crumb.
Thomas et James Gurney restent les meilleurs amis pendant leurs six années d’études, vivant côte à côte dans un petit immeuble en stuc de Los Angeles, peuplé d'étudiants en art et autres originaux. Dans les années 1970, sa mère est abonnée au magazine Time et Thomas découpe et conserve précieusement toutes les couvertures ornées de portraits, que les deux étudiants utilisent pour tapisser le plafond de leur chambre d'étudiant.
Après avoir obtenu son diplôme, au cours de l'été 1980, Thomas voyage en wagon couvert à travers les États-Unis avec son ami d'université James Gurney. Durant ce périple, il dessine les villes et les paysages américains qu'ils rencontrent. Une fois arrivés à New York, les deux jeunes gens signent un contrat avec Guptill Publications pour produire un manuel de dessin.
En 1982, ils coécrivent et publient leur premier ouvrage, The Artist's Guide to Sketching, un guide pratique qui traite autant de l'aventure du croquis sur le terrain que de la technique et dans lequel on trouve les œuvres réalisées par Thomas au cours de leur voyage. Le livre sera l'un des best-sellers de Guptill Publications cette année-là. La même année, il épouse Nanette Willey, son amour d'enfance.

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Le succès du livre leur permet de travailler en 1983 pour les studios Ralph Bakshi. Ils doivent aider à peindre plus de 700 décors de Fire and Ice, un film d'animation américain de fantasy réalisé par Ralph Bakshi en collaboration avec l'illustrateur Frank Frazetta. Si le travail qu’il effectue sur le film, permet à Thomas de continuer à explorer sa représentation de la lumière et des mondes imaginaires si caractéristique, il va lui permettre également de financer la publication de sa première peinture représentant Dawson, une ville minière d'Alaska. En effet, ses ambitions dépassent le simple décor de cinéma. Grand admirateur de Walt Disney, Thomas souhaite se forger sa propre réputation et, lorsque sa femme connaît le succès en vendant des reproductions du clocher de Placerville, il est devenu évident pour lui, qu'une telle carrière était un objectif réaliste.
Nous sommes au début des années 1980 et Thomas décide de devenir artiste professionnel. Dès le premier jour, il veut rendre son art plus accessible, ayant à cœur le sort des amateurs d'art qui n'ont pas les moyens d'acquérir des œuvres originales dans une galerie traditionnelle. Il utilise ses économies pour commencer à produire des tirages en édition limitée de ses peintures et installe ses bureaux dans son garage.Sa première série de tirages en édition limitée s'intitule Dawson. La peinture et les tirages représentent une ville de la ruée vers l'or sur le fleuve Yukon en Alaska au XIXème siècle et sont vendus par correspondance et sur le parking d'un supermarché local. La première série de tirages se vendra en totalité.
Dans ses œuvres originales à l'huile, qu'il commence à vendre dans des galeries locales et à travers la Californie, il incorpore des effets radieux qu'il considère comme l'expression de valeurs spirituelles, à cette époque il est devenu un chrétien évangéliste. En conséquence, il se présente comme le "peintre de la lumière", un surnom historiquement associé au peintre anglais J.M.W. Turner, mais qu'il déposera comme marque commerciale des années plus tard en 1996. Malgré sa formation académique poussée, il s’attelle à la création d'œuvres à l'affirmation sans équivoque. Ses peintures se caractérisent par des couleurs pastel et un éclairage brillant de la scène. Rendu avec les valeurs idéalistes de la peinture de scène américaine, ses œuvres baignées de la chaude lumière du soleil, dépeignent souvent des décors bucoliques et idylliques, notamment des jardins, des ruisseaux, des cottages en pierre, des phares et, parfois, des vues urbaines. Sa ville natale de Placerville, où ses œuvres sont largement exposées, lui inspire bon nombre de ses scènes de rue et de neige et s’il représente également divers thèmes chrétiens, notamment la croix et les églises, ses scènes champêtres représentent rarement des personnes. Il est fortement influencé par l'artiste américain Norman Rockwell et cache fréquemment des images secrètes dans ses œuvres, notamment les initiales et les noms de sa femme et de ses enfants, ainsi que de petites images de Rockwell.
Ses tableaux se veulent de l'art accessible à tous, à un prix abordable et produit en grande quantité. Il veut mettre l'accent sur la valeur des plaisirs simples et son intention est de communiquer des messages inspirants à travers ses peintures. Se décrivant lui-même comme un fervent chrétien, il pense que ses croyances religieuses sont une source d'inspiration et que son travail doit inclure une dimension morale. En tant qu'artiste chrétien, son objectif est de toucher les personnes de toutes confessions et d'apporter paix et joie dans leur vie à travers ses créations. D’ailleurs de nombreuses images font référence à des passages spécifiques de la Bible.

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Tout en s'imposant comme un réaliste romantique, Thomas continue à expérimenter divers styles picturaux et il s'intéresse particulièrement au style impressionniste français, caractérisé par de larges coups de pinceau, des couleurs fragmentées et une palette plus douce. Afin de pouvoir créer librement, sans être jugé, il décide de peindre sous un pseudonyme. Pendant six ans, de 1984 à 1990, il crée 69 tableaux sous le nom de Robert Girrard. On dit qu'il n'était pas rare qu’il peigne sous différents pseudonymes, prouvant que l’artiste prolifique était encore plus prolifique qu’on le pensait.
Son travail est suffisamment populaire pour attirer l'attention de certains investisseurs, qui contribuent à financer la distribution de ses œuvres tout au long des années 1980. Une rencontre fortuite avec un futur associé lors d'un mariage et un projet griffonné sur une serviette, bouleverse la vie des Kinkade. Les bases de l'entreprise Thomas Kinkade sont posées et son évolution va démontrer que l'art du peintre touche une corde sensible chez les Américains. En 1989 il fonde avec Ken Raasch la maison d'édition Lightpost Publishing, dédiée exclusivement à son travail et à la distribution de ses oeuvres. Lightpost deviendra finalement la société holding Media Arts Group, Inc. en 1990, qui deviendra plus tard la Thomas Kinkade Company, qui, entre autres initiatives, ouvrira les boutiques Thomas Kinkade Gallery, principalement aux États-Unis.
Plutôt que de vendre des originaux, il fait reproduire ses œuvres sur papier, toile et sur toutes sortes de biens de consommation. Des reproductions de ses peintures commencent à apparaître sur des cahiers, des calendriers et d'autres produits commerciaux, comme des tapis de souris, de la vaisselle, des canapés La-Z-Boy et du linge de lit. Ces produits sont principalement vendus par le biais de la chaîne de téléachat QVC et d'un réseau de galeries franchisées Thomas Kinkade, généralement situées dans des centres commerciaux, qui vont se compter par centaines au sommet de sa gloire. Au cours de sa carrière, certaines de ses peintures originales se sont vendues pour des dizaines de milliers de dollars, mais le grand public peut acquérir la même œuvre en image sur une tasse à café. L'accessibilité est essentielle pour Thomas, nul besoin d'être un riche amateur de galeries d'art pour acquérir une de ses œuvres, il suffit d'avoir quelques dollars et une boutique Kinkade à proximité.
Sa démarche est à l'opposé de l'esthétique et des valeurs de l'art de l'époque et si elle lui vaut des critiques de la part de certains acteurs du monde de l'art, elle contribue à accroître l'attention et l'intérêt pour ses reproductions et ses peintures auprès de personnes qui, d'ordinaire, ne s'intéressaient que de loin à l'art. Thomas rejette le conceptualisme intellectuel des critiques d’art et eux le rejettent en retour.
Son œuvre peut être perçue comme une réaction à l'art intellectualisé et athée qui remplit les musées. Il s'oppose à un art moderne incompréhensible, à un art qu'il juge autoréflexif et narcissique, un art qu’il considère comme porteur d'idéaux élitistes, anticommunautaires et antireligieux. Une dichotomie artistique qui fait écho à un refrain bien connu. D'un côté, un art intellectuel créé par et pour des élites culturelles déconnectées de la réalité, de l'autre, un art accessible et familial qui réchauffe le cœur de chacun.
Les gens trouvent espoir et réconfort dans ses tableaux. Thomas pense que montrer aux gens la laideur du monde n'arrange rien. Par contre indiquer la lumière est profondément contagieux et gratifiant. Les critiques, cependant, l’ignorent et ceux qui daignent reconnaître son travail le méprisent. Tout cela l’exaspère au plus haut point et il peut parler pendant des heures… de la laideur et du nihilisme de l’art moderne et de son insignifiance comparée au populisme optimiste de son œuvre.

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Dans un portrait publié en 2001 dans le New Yorker et signé Susan Orlean, il réagit aux critiques qui le jugent insignifiant, "Oui, dit-il, insignifiant pour cette petite sous-culture, cette microculture, de l'art moderne. Mais mon art est pertinent parce qu'il l'est pour dix millions de personnes". Dans le même article, il fait preuve de l'assurance inébranlable de quelqu'un qui, parti de rien, est persuadé de finir riche et célèbre. Il est tellement sûr de lui qu'il prédit que ce n'est qu'une question de temps avant que le monde de l'art ne finisse par le reconnaître.
Ironie du sort, c'est cet article qui va finalement permettre à Thomas d'obtenir sa première et unique exposition dans une galerie d'art réputée. Il avait parié un million de dollars avec Susan Orlean qu'un grand musée organiserait une rétrospective Thomas Kinkade de son vivant. La nouvelle de ce pari est parvenue au Grand Central Art Center de Santa Ana, en Californie, où quelqu'un s'est permis de remettre en question sa certitude. C’est à partir de là que s’est déroulée en 2004 "Le Paradis sur Terre", une rétrospective de son œuvre organisée par l’artiste Jeffrey Vallance. Mais l'événement ne permettra pas, selon Susan Orlean, de démontrer que le monde des beaux-arts avait enfin accepté le "Peintre de la Lumière".
Pendant leur collaboration sur l'exposition, Vallance et Thomas se lient d'amitié. La pratique artistique de Vallance s'articule autour des notions de marque, d'identité et du statut quasi iconique que peuvent acquérir les objets et images produits en masse. Naturellement, il est séduit par le "Peintre de la Lumière". Pour lui, le personnage que Thomas incarne, l'artiste pieux créant des œuvres pour faire entrer Dieu dans le foyer de l'Américain moyen, s'apparente à une performance. Il commence à lui dire que son travail relève un peu de l'art conceptuel et un peu de la performance artistique et ça a vraiment intéressé Thomas.
Alors que la notoriété de Thomas grandit et que son entreprise prend de l'ampleur, le peintre montre des difficultés à gérer la situation. Auparavant abstinent, il se met à boire excessivement et à adopter un comportement incontrôlable, prenant des décisions professionnelles hâtives, comme celle de trahir son associé. Sa famille décide d’intervenir et il entre en cure de désintoxication, mais à sa sortie il replonge presque aussitôt dans l'alcool. Son épouse et lui vont se séparer et le comportement de Thomas va commencer à se détériorer, tout comme sa santé physique et financière. Personne ne comprend ce qui se passe. Cela semblait étroitement lié aux exigences démesurées de son entreprise, mais beaucoup de gens subissent la pression de leur travail sans en arriver à ce niveau là. Il y avait donc autre chose et personne ne savait quoi.
C’est à cette époque, qu’Ed Aknik, l'alter ego de Thomas Kinkade, le motard rebelle, commence à apparaître. Il porte un blouson de cuir et des lunettes de soleil bleues enveloppantes, ses sourcils froncés lui donnent un air perpétuellement confus et en colère. Debout à côté de son impressionnante moto, il est l’antithèse du Kinkade connu.
Reconnaître, comme l'a fait Jeffrey Vallance, la dimension théâtrale du personnage public de Thomas Kinkade permet de mieux comprendre Aknik. Il avait déjà incarné le saint, alors pourquoi ne pas explorer un autre registre ? Thomas utilisait Aknik comme un moyen ludique et interactif d'entrer en contact avec le monde qui l'entourait. De manière générale, les médias et le public ont peu de patience pour saisir les nuances des individus, si bien que les personnalités publiques sont contraintes de présenter des versions simplifiées et idéalisées d'elles-mêmes. L'image irréprochable de Kinkade était le personnage idéal à afficher en public, suffisamment unidimensionnel pour être vendeur. Aknik constituait un contrepoids nécessaire, un exutoire où l'homme pouvait exprimer sa part d'ombre.

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Peu après, Jeffrey Vallance fit un rêve où Thomas l'emmenait dans son atelier et ouvrait une porte secrète, révélant des piles d'œuvres radicalement différentes des scènes mièvres qu'il avait vues. Elles étaient sombres, tant par leurs couleurs que par leur dimension psychologique. Quelques semaines plus tard, il décida de parler de son rêve à la famille de Thomas. "Vous a-t-il montré cette pièce?" lui demandèrent-ils. C'était une chambre forte, bien réelle, dans laquelle personne n’était jamais rentré si ce n’est Thomas lui-même.
Plus tard, il sera invité à visiter les archives de Thomas, où il découvrira des peintures et des dessins de visages laids et déformés, de figures isolées et de paysages désolés et sombres, dépourvus de faune et de flore. Il y trouvera également des liasses de notes manuscrites et dans l'une d'elles il tombera sur un schéma illustrant les quatre facettes de Thomas Kinkade, "saint, mauvais garçon, père de famille, homme d'affaires". Tous ces alter ego n'étaient pas aussi inoffensifs qu'Aknik.
Dans les affaires, Thomas n'est pas guidé par la lumière divine, mais par un instinct capitaliste brutal, il veut tout. Il a montré son côté entrepreneurial dans la manière non traditionnelle dont il a cherché à utiliser ses œuvres d'art. Sa société, Media Arts Group, rapporte à un moment donné plus de 128 millions de dollars par an grâce à 4.500 revendeurs, avant de rencontrer des difficultés financières en 2002. Lui et son entreprise sont accusés d'avoir trompé leurs créanciers. Après une série d'actions en justice, l'entreprise est condamnée à payer 860.000 dollars en 2006, un montant qui sera ensuite porté à 2,8 millions de dollars pour couvrir les frais juridiques et les intérêts encourus. Son entreprise dépose le bilan en 2010.
Toujours en 2010, Thomas est inculpé de conduite en état d'ivresse, alors que son comportement personnel devient de plus en plus incontrôlable. Il s'est laissé pousser les cheveux, porte des chaînes imposantes et des bijoux en forme de crâne et, séparé de Nanette, il enchaîne les relations amoureuses. Un jour, sa sœur le trouve à son studio dans un état lamentable, l'endroit jonché de bouteilles. Cette descente aux enfers se manifeste également en public, il provoque des scandales à Las Vegas et en Californie, en chahutant le duo Siegfried & Roy et en urinant sur un personnage de Disneyland. Son alcoolisme lui avait causé tellement de lésions cérébrales que le médecin était surpris qu'il soit encore fonctionnel.
Le parcours tragique de Thomas révèle une cruelle réalité qui apparaîtra clairement plus tard avec le recul. Tandis que l’artiste se débat avec le succès commercial face à la reconnaissance du monde de l’art, il vit en réalité la vie de tant d’artistes torturés qui l’ont précédé. En avait-il conscience à l’époque ? On ne le saura jamais. Il était simplement guidé par ses propres tourments… Il était déchiré.
Malgré ses détracteurs, Thomas Kinkade est largement considéré comme l'un des artistes les plus populaires de son époque. Il a peint plus d'un millier d'œuvres originales au cours de sa carrière et est souvent choisi pour réaliser des peintures commémoratives lors d'événements importants. Il est incroyable de réaliser à quel point il était visionnaire, voire prophète, quand on constate que chaque artiste aujourd'hui ne rêve que d'une chose, voir son image orner la coque d'un iPhone, d’un ballon de football ou de tout autre objet de ce genre. Il a su diffuser son image d'une manière plus novatrice que quiconque, peut-être même plus que Warhol. On estime qu'un foyer sur vingt aux États-Unis possède l'une de ses reproductions ou l'une de ses peintures.

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Au fur et à mesure que sa notoriété grandissait, il s'est parfois associé à d'autres entreprises. Avec la société Disney, il a créé la Disney Dreams Collection, une série de peintures, dont Beauty and the Beast Falling in Love (2010) et Sleeping Beauty (2011), qui résument tout un film d'animation Disney en une seule image. Il a été nommé artiste vedette de l'Indianapolis Motor Speedway Centennial Era, une commémoration du 100ème anniversaire de la première course Indianapolis 500. À ce titre, il a créé les peintures Indianapolis Motor Speedway, 100th Anniversary (2009) et A Century of Racing! The 100th Anniversary Indianapolis 500 Mile Race (2011), qui ont toutes deux été reproduites dans le programme officiel de l'Indianapolis 500. Une peinture qu'il réalisera pour commémorer le cinquantième anniversaire de Disneyland en 2005 sera estimée à plus d'un million de dollars.
Il a également publié de nombreux livres, dont Lightposts for Living: The Art of Choosing a Joyful Life (1999), qui présente des images de son travail. Avec Katherine Spencer, il a écrit les séries de romans inspirants Cape Light et Angel Island, commencées respectivement en 2002 et 2010. Thomas Kinkade's Christmas Cottage, un film inspiré de sa vie et de son art, est sorti en 2008.
Tout au long de sa vie, Thomas Kinkade a partagé sa joie et utilisé ses peintures pour soutenir des hôpitaux, des écoles et des actions humanitaires. Bien qu'il ait reçu d'innombrables prix et distinctions, c'est le sens profond que Thomas donnait à son art, qu'il considérait non seulement comme un accessoire, mais aussi comme une mission, qui continue de vivre à travers son héritage. Des images personnalisées vendues au profit de l'Armée du Salut, des victimes de l'ouragan Katrina et du Rotary International, aux dons qui ornent aujourd'hui les couloirs du St. Jude's Children's Research Hospital, de la Maison Blanche, du Vatican et du Tate Museum britannique, Thomas a récolté des centaines de milliers de dollars au cours de sa vie pour des œuvres caritatives, dont plus de deux millions de dollars pour les victimes du 11 septembre.
Il est décédé à son domicile de Monte Sereno, en Californie, le 6 avril 2012. Les résultats de l'autopsie du médecin légiste ont attribué son décès à une overdose accidentelle de Valium et d'alcool.
Les Kinkade avaient divorcé en 2010 et Thomas vivait avec sa petite amie, Amy Pinto, au moment de son décès. Une dispute publique a encore terni son image lorsque sa compagne de l'époque a revendiqué sa fortune et son héritage. Le différend successoral sera traité discrètement et réglé fin 2012, tous les détails sont, bien entendu, restés confidentiels.
En 2015, Merritt et Chandler Kinkade ont découvert un très, très grand nombre d'œuvres d'art inédites dans la chambre forte de leur père. Elles ont mis à jour ce qui semble être la manifestation physique de la souffrance qui rongeait leur père depuis des années. Des toiles aux teintes sombres, aux thèmes profonds, des scènes empreintes de questionnement et de désespoir. Ces œuvres étaient à mille lieues de la lumière et de la nostalgie qui avaient fait de Thomas Kinkade une star et ses filles s’interrogent toujours sur le poids pratique et existentiel qui nourrissait les créations méconnues de leur père.
La même année, la société Thomas Kinkade a été rebaptisée Art Brand Studios sous la houlette d'un nouveau propriétaire, avec pour objectif de perpétuer l'héritage de Thomas à travers la publication de peintures inédites, de nouvelles œuvres réalisées par des artistes du studio utilisant les techniques de Thomas et à travers les œuvres de son neveu, Zachary Thomas Kinkade.
Un documentaire sur sa vie, sa carrière et sa mort prématurée, Art for Everybody, a été produit en 2023 par Miranda Yousef. Le film, qui a été nominé pour le prix du meilleur documentaire au Festival international du film de Cleveland, décrit le trésor secret de peintures que ses filles ont découvert après sa mort.
William Thomas Kinkade III est né le 19 janvier 1958 à Placerville, petite ville du nord-est de la Californie dans le comté de Sacramento. Après le divorce de Maryann et William Thomas Kinkade II, ses parents, lui, son frère Patrick et sa sœur Katie sont élevés par leur mère, qui va leur inculquer les valeurs simples et essentielles à la vie. Cependant cette séparation alors qu’il est enfant, va lui laisser un sentiment de honte, lié à son foyer brisé et à son éducation modeste et laborieuse. Il a le sentiment très profond d’être inférieur aux autres, que son père absent et le fait de ne pas avoir de logement décent le rend en quelque sorte moins important. Leur mère est si pauvre qu'ils ne pouvaient souvent pas se permettre le chauffage ou l'éclairage.
Dès son plus jeune âge, Thomas aime dessiner. Il est d’ailleurs connu dans Placerville comme « le gamin qui dessine » et sa famille l'encourage à poursuivre cette passion. Par un heureux hasard, l'artiste Glenn Wessels installe son atelier juste à côté de la maison des Kinkade. Glenn Wessels a été l’élève de l'artiste Hans Hofmann à Munich et enseigne la théorie des couleurs et le dessin abstrait à l'UC Berkeley. Thomas a onze ans, lorsqu’il se lie d'amitié avec Glenn Wessels. Celui-ci va lui enseigner quelques techniques de peinture de base, pour ensuite le prendre sous son aile et devenir son mentor artistique quelques années plus tard.
Il a 16 ans et veut être artiste, c’est son rêve. Cependant, il se rend compte aussi que… il ne veut pas finir comme Van Gogh et pourtant une petite voix en lui, lui dit qu’il veut lui ressembler, pour atteindre la grandeur. Thomas termine ses études secondaires à l'El Dorado High School en 1976. Encouragé par Glenn Wessels, il obtient une bourse d'études complète pour s’inscrire à l'université de Californie à Berkeley où il cohabite durant sa première année avec James Gurney. Après deux ans où il étudie l'histoire de l'art et suit des cours en atelier à Berkeley, il est transféré à l'Art Center College of Design de Pasadena pour d’obscures raisons de dépression. C'est à l'Art Center College of Design qu’il connaît une conversion religieuse et devient un fervent croyant. C’est également là qu'il commence à expérimenter des techniques permettant de capturer la lumière et de créer des effets de lumière et d'atmosphère dans ses peintures, technique qui allait devenir sa marque de fabrique. Quand il s’est converti, son art s'est converti et c'est à ce moment-là que la lumière divine a commencé à imprégner ses peintures.
Durant cette période, Thomas est extrêmement expérimental et possède un univers fantasy et un style cartoon singulier. Il s'imprègne d'influences diverses, allant de l'œuvre personnelle et singulière d'Andrew Wyeth aux bandes dessinées satiriques et provocatrices de Mad Magazine et de R. Crumb.
Thomas et James Gurney restent les meilleurs amis pendant leurs six années d’études, vivant côte à côte dans un petit immeuble en stuc de Los Angeles, peuplé d'étudiants en art et autres originaux. Dans les années 1970, sa mère est abonnée au magazine Time et Thomas découpe et conserve précieusement toutes les couvertures ornées de portraits, que les deux étudiants utilisent pour tapisser le plafond de leur chambre d'étudiant.
Après avoir obtenu son diplôme, au cours de l'été 1980, Thomas voyage en wagon couvert à travers les États-Unis avec son ami d'université James Gurney. Durant ce périple, il dessine les villes et les paysages américains qu'ils rencontrent. Une fois arrivés à New York, les deux jeunes gens signent un contrat avec Guptill Publications pour produire un manuel de dessin.
En 1982, ils coécrivent et publient leur premier ouvrage, The Artist's Guide to Sketching, un guide pratique qui traite autant de l'aventure du croquis sur le terrain que de la technique et dans lequel on trouve les œuvres réalisées par Thomas au cours de leur voyage. Le livre sera l'un des best-sellers de Guptill Publications cette année-là. La même année, il épouse Nanette Willey, son amour d'enfance.
Le succès du livre leur permet de travailler en 1983 pour les studios Ralph Bakshi. Ils doivent aider à peindre plus de 700 décors de Fire and Ice, un film d'animation américain de fantasy réalisé par Ralph Bakshi en collaboration avec l'illustrateur Frank Frazetta. Si le travail qu’il effectue sur le film, permet à Thomas de continuer à explorer sa représentation de la lumière et des mondes imaginaires si caractéristique, il va lui permettre également de financer la publication de sa première peinture représentant Dawson, une ville minière d'Alaska. En effet, ses ambitions dépassent le simple décor de cinéma. Grand admirateur de Walt Disney, Thomas souhaite se forger sa propre réputation et, lorsque sa femme connaît le succès en vendant des reproductions du clocher de Placerville, il est devenu évident pour lui, qu'une telle carrière était un objectif réaliste.
Nous sommes au début des années 1980 et Thomas décide de devenir artiste professionnel. Dès le premier jour, il veut rendre son art plus accessible, ayant à cœur le sort des amateurs d'art qui n'ont pas les moyens d'acquérir des œuvres originales dans une galerie traditionnelle. Il utilise ses économies pour commencer à produire des tirages en édition limitée de ses peintures et installe ses bureaux dans son garage.Sa première série de tirages en édition limitée s'intitule Dawson. La peinture et les tirages représentent une ville de la ruée vers l'or sur le fleuve Yukon en Alaska au XIXème siècle et sont vendus par correspondance et sur le parking d'un supermarché local. La première série de tirages se vendra en totalité.
Dans ses œuvres originales à l'huile, qu'il commence à vendre dans des galeries locales et à travers la Californie, il incorpore des effets radieux qu'il considère comme l'expression de valeurs spirituelles, à cette époque il est devenu un chrétien évangéliste. En conséquence, il se présente comme le "peintre de la lumière", un surnom historiquement associé au peintre anglais J.M.W. Turner, mais qu'il déposera comme marque commerciale des années plus tard en 1996. Malgré sa formation académique poussée, il s’attelle à la création d'œuvres à l'affirmation sans équivoque. Ses peintures se caractérisent par des couleurs pastel et un éclairage brillant de la scène. Rendu avec les valeurs idéalistes de la peinture de scène américaine, ses œuvres baignées de la chaude lumière du soleil, dépeignent souvent des décors bucoliques et idylliques, notamment des jardins, des ruisseaux, des cottages en pierre, des phares et, parfois, des vues urbaines. Sa ville natale de Placerville, où ses œuvres sont largement exposées, lui inspire bon nombre de ses scènes de rue et de neige et s’il représente également divers thèmes chrétiens, notamment la croix et les églises, ses scènes champêtres représentent rarement des personnes. Il est fortement influencé par l'artiste américain Norman Rockwell et cache fréquemment des images secrètes dans ses œuvres, notamment les initiales et les noms de sa femme et de ses enfants, ainsi que de petites images de Rockwell.
Ses tableaux se veulent de l'art accessible à tous, à un prix abordable et produit en grande quantité. Il veut mettre l'accent sur la valeur des plaisirs simples et son intention est de communiquer des messages inspirants à travers ses peintures. Se décrivant lui-même comme un fervent chrétien, il pense que ses croyances religieuses sont une source d'inspiration et que son travail doit inclure une dimension morale. En tant qu'artiste chrétien, son objectif est de toucher les personnes de toutes confessions et d'apporter paix et joie dans leur vie à travers ses créations. D’ailleurs de nombreuses images font référence à des passages spécifiques de la Bible.
Tout en s'imposant comme un réaliste romantique, Thomas continue à expérimenter divers styles picturaux et il s'intéresse particulièrement au style impressionniste français, caractérisé par de larges coups de pinceau, des couleurs fragmentées et une palette plus douce. Afin de pouvoir créer librement, sans être jugé, il décide de peindre sous un pseudonyme. Pendant six ans, de 1984 à 1990, il crée 69 tableaux sous le nom de Robert Girrard. On dit qu'il n'était pas rare qu’il peigne sous différents pseudonymes, prouvant que l’artiste prolifique était encore plus prolifique qu’on le pensait.
Son travail est suffisamment populaire pour attirer l'attention de certains investisseurs, qui contribuent à financer la distribution de ses œuvres tout au long des années 1980. Une rencontre fortuite avec un futur associé lors d'un mariage et un projet griffonné sur une serviette, bouleverse la vie des Kinkade. Les bases de l'entreprise Thomas Kinkade sont posées et son évolution va démontrer que l'art du peintre touche une corde sensible chez les Américains. En 1989 il fonde avec Ken Raasch la maison d'édition Lightpost Publishing, dédiée exclusivement à son travail et à la distribution de ses oeuvres. Lightpost deviendra finalement la société holding Media Arts Group, Inc. en 1990, qui deviendra plus tard la Thomas Kinkade Company, qui, entre autres initiatives, ouvrira les boutiques Thomas Kinkade Gallery, principalement aux États-Unis.
Plutôt que de vendre des originaux, il fait reproduire ses œuvres sur papier, toile et sur toutes sortes de biens de consommation. Des reproductions de ses peintures commencent à apparaître sur des cahiers, des calendriers et d'autres produits commerciaux, comme des tapis de souris, de la vaisselle, des canapés La-Z-Boy et du linge de lit. Ces produits sont principalement vendus par le biais de la chaîne de téléachat QVC et d'un réseau de galeries franchisées Thomas Kinkade, généralement situées dans des centres commerciaux, qui vont se compter par centaines au sommet de sa gloire. Au cours de sa carrière, certaines de ses peintures originales se sont vendues pour des dizaines de milliers de dollars, mais le grand public peut acquérir la même œuvre en image sur une tasse à café. L'accessibilité est essentielle pour Thomas, nul besoin d'être un riche amateur de galeries d'art pour acquérir une de ses œuvres, il suffit d'avoir quelques dollars et une boutique Kinkade à proximité.
Sa démarche est à l'opposé de l'esthétique et des valeurs de l'art de l'époque et si elle lui vaut des critiques de la part de certains acteurs du monde de l'art, elle contribue à accroître l'attention et l'intérêt pour ses reproductions et ses peintures auprès de personnes qui, d'ordinaire, ne s'intéressaient que de loin à l'art. Thomas rejette le conceptualisme intellectuel des critiques d’art et eux le rejettent en retour.
Son œuvre peut être perçue comme une réaction à l'art intellectualisé et athée qui remplit les musées. Il s'oppose à un art moderne incompréhensible, à un art qu'il juge autoréflexif et narcissique, un art qu’il considère comme porteur d'idéaux élitistes, anticommunautaires et antireligieux. Une dichotomie artistique qui fait écho à un refrain bien connu. D'un côté, un art intellectuel créé par et pour des élites culturelles déconnectées de la réalité, de l'autre, un art accessible et familial qui réchauffe le cœur de chacun.
Les gens trouvent espoir et réconfort dans ses tableaux. Thomas pense que montrer aux gens la laideur du monde n'arrange rien. Par contre indiquer la lumière est profondément contagieux et gratifiant. Les critiques, cependant, l’ignorent et ceux qui daignent reconnaître son travail le méprisent. Tout cela l’exaspère au plus haut point et il peut parler pendant des heures… de la laideur et du nihilisme de l’art moderne et de son insignifiance comparée au populisme optimiste de son œuvre.
Dans un portrait publié en 2001 dans le New Yorker et signé Susan Orlean, il réagit aux critiques qui le jugent insignifiant, "Oui, dit-il, insignifiant pour cette petite sous-culture, cette microculture, de l'art moderne. Mais mon art est pertinent parce qu'il l'est pour dix millions de personnes". Dans le même article, il fait preuve de l'assurance inébranlable de quelqu'un qui, parti de rien, est persuadé de finir riche et célèbre. Il est tellement sûr de lui qu'il prédit que ce n'est qu'une question de temps avant que le monde de l'art ne finisse par le reconnaître.
Ironie du sort, c'est cet article qui va finalement permettre à Thomas d'obtenir sa première et unique exposition dans une galerie d'art réputée. Il avait parié un million de dollars avec Susan Orlean qu'un grand musée organiserait une rétrospective Thomas Kinkade de son vivant. La nouvelle de ce pari est parvenue au Grand Central Art Center de Santa Ana, en Californie, où quelqu'un s'est permis de remettre en question sa certitude. C’est à partir de là que s’est déroulée en 2004 "Le Paradis sur Terre", une rétrospective de son œuvre organisée par l’artiste Jeffrey Vallance. Mais l'événement ne permettra pas, selon Susan Orlean, de démontrer que le monde des beaux-arts avait enfin accepté le "Peintre de la Lumière".
Pendant leur collaboration sur l'exposition, Vallance et Thomas se lient d'amitié. La pratique artistique de Vallance s'articule autour des notions de marque, d'identité et du statut quasi iconique que peuvent acquérir les objets et images produits en masse. Naturellement, il est séduit par le "Peintre de la Lumière". Pour lui, le personnage que Thomas incarne, l'artiste pieux créant des œuvres pour faire entrer Dieu dans le foyer de l'Américain moyen, s'apparente à une performance. Il commence à lui dire que son travail relève un peu de l'art conceptuel et un peu de la performance artistique et ça a vraiment intéressé Thomas.
Alors que la notoriété de Thomas grandit et que son entreprise prend de l'ampleur, le peintre montre des difficultés à gérer la situation. Auparavant abstinent, il se met à boire excessivement et à adopter un comportement incontrôlable, prenant des décisions professionnelles hâtives, comme celle de trahir son associé. Sa famille décide d’intervenir et il entre en cure de désintoxication, mais à sa sortie il replonge presque aussitôt dans l'alcool. Son épouse et lui vont se séparer et le comportement de Thomas va commencer à se détériorer, tout comme sa santé physique et financière. Personne ne comprend ce qui se passe. Cela semblait étroitement lié aux exigences démesurées de son entreprise, mais beaucoup de gens subissent la pression de leur travail sans en arriver à ce niveau là. Il y avait donc autre chose et personne ne savait quoi.
C’est à cette époque, qu’Ed Aknik, l'alter ego de Thomas Kinkade, le motard rebelle, commence à apparaître. Il porte un blouson de cuir et des lunettes de soleil bleues enveloppantes, ses sourcils froncés lui donnent un air perpétuellement confus et en colère. Debout à côté de son impressionnante moto, il est l’antithèse du Kinkade connu.
Reconnaître, comme l'a fait Jeffrey Vallance, la dimension théâtrale du personnage public de Thomas Kinkade permet de mieux comprendre Aknik. Il avait déjà incarné le saint, alors pourquoi ne pas explorer un autre registre ? Thomas utilisait Aknik comme un moyen ludique et interactif d'entrer en contact avec le monde qui l'entourait. De manière générale, les médias et le public ont peu de patience pour saisir les nuances des individus, si bien que les personnalités publiques sont contraintes de présenter des versions simplifiées et idéalisées d'elles-mêmes. L'image irréprochable de Kinkade était le personnage idéal à afficher en public, suffisamment unidimensionnel pour être vendeur. Aknik constituait un contrepoids nécessaire, un exutoire où l'homme pouvait exprimer sa part d'ombre.
Peu après, Jeffrey Vallance fit un rêve où Thomas l'emmenait dans son atelier et ouvrait une porte secrète, révélant des piles d'œuvres radicalement différentes des scènes mièvres qu'il avait vues. Elles étaient sombres, tant par leurs couleurs que par leur dimension psychologique. Quelques semaines plus tard, il décida de parler de son rêve à la famille de Thomas. "Vous a-t-il montré cette pièce?" lui demandèrent-ils. C'était une chambre forte, bien réelle, dans laquelle personne n’était jamais rentré si ce n’est Thomas lui-même.
Plus tard, il sera invité à visiter les archives de Thomas, où il découvrira des peintures et des dessins de visages laids et déformés, de figures isolées et de paysages désolés et sombres, dépourvus de faune et de flore. Il y trouvera également des liasses de notes manuscrites et dans l'une d'elles il tombera sur un schéma illustrant les quatre facettes de Thomas Kinkade, "saint, mauvais garçon, père de famille, homme d'affaires". Tous ces alter ego n'étaient pas aussi inoffensifs qu'Aknik.
Dans les affaires, Thomas n'est pas guidé par la lumière divine, mais par un instinct capitaliste brutal, il veut tout. Il a montré son côté entrepreneurial dans la manière non traditionnelle dont il a cherché à utiliser ses œuvres d'art. Sa société, Media Arts Group, rapporte à un moment donné plus de 128 millions de dollars par an grâce à 4.500 revendeurs, avant de rencontrer des difficultés financières en 2002. Lui et son entreprise sont accusés d'avoir trompé leurs créanciers. Après une série d'actions en justice, l'entreprise est condamnée à payer 860.000 dollars en 2006, un montant qui sera ensuite porté à 2,8 millions de dollars pour couvrir les frais juridiques et les intérêts encourus. Son entreprise dépose le bilan en 2010.
Toujours en 2010, Thomas est inculpé de conduite en état d'ivresse, alors que son comportement personnel devient de plus en plus incontrôlable. Il s'est laissé pousser les cheveux, porte des chaînes imposantes et des bijoux en forme de crâne et, séparé de Nanette, il enchaîne les relations amoureuses. Un jour, sa sœur le trouve à son studio dans un état lamentable, l'endroit jonché de bouteilles. Cette descente aux enfers se manifeste également en public, il provoque des scandales à Las Vegas et en Californie, en chahutant le duo Siegfried & Roy et en urinant sur un personnage de Disneyland. Son alcoolisme lui avait causé tellement de lésions cérébrales que le médecin était surpris qu'il soit encore fonctionnel.
Le parcours tragique de Thomas révèle une cruelle réalité qui apparaîtra clairement plus tard avec le recul. Tandis que l’artiste se débat avec le succès commercial face à la reconnaissance du monde de l’art, il vit en réalité la vie de tant d’artistes torturés qui l’ont précédé. En avait-il conscience à l’époque ? On ne le saura jamais. Il était simplement guidé par ses propres tourments… Il était déchiré.
Malgré ses détracteurs, Thomas Kinkade est largement considéré comme l'un des artistes les plus populaires de son époque. Il a peint plus d'un millier d'œuvres originales au cours de sa carrière et est souvent choisi pour réaliser des peintures commémoratives lors d'événements importants. Il est incroyable de réaliser à quel point il était visionnaire, voire prophète, quand on constate que chaque artiste aujourd'hui ne rêve que d'une chose, voir son image orner la coque d'un iPhone, d’un ballon de football ou de tout autre objet de ce genre. Il a su diffuser son image d'une manière plus novatrice que quiconque, peut-être même plus que Warhol. On estime qu'un foyer sur vingt aux États-Unis possède l'une de ses reproductions ou l'une de ses peintures.
Au fur et à mesure que sa notoriété grandissait, il s'est parfois associé à d'autres entreprises. Avec la société Disney, il a créé la Disney Dreams Collection, une série de peintures, dont Beauty and the Beast Falling in Love (2010) et Sleeping Beauty (2011), qui résument tout un film d'animation Disney en une seule image. Il a été nommé artiste vedette de l'Indianapolis Motor Speedway Centennial Era, une commémoration du 100ème anniversaire de la première course Indianapolis 500. À ce titre, il a créé les peintures Indianapolis Motor Speedway, 100th Anniversary (2009) et A Century of Racing! The 100th Anniversary Indianapolis 500 Mile Race (2011), qui ont toutes deux été reproduites dans le programme officiel de l'Indianapolis 500. Une peinture qu'il réalisera pour commémorer le cinquantième anniversaire de Disneyland en 2005 sera estimée à plus d'un million de dollars.
Il a également publié de nombreux livres, dont Lightposts for Living: The Art of Choosing a Joyful Life (1999), qui présente des images de son travail. Avec Katherine Spencer, il a écrit les séries de romans inspirants Cape Light et Angel Island, commencées respectivement en 2002 et 2010. Thomas Kinkade's Christmas Cottage, un film inspiré de sa vie et de son art, est sorti en 2008.
Tout au long de sa vie, Thomas Kinkade a partagé sa joie et utilisé ses peintures pour soutenir des hôpitaux, des écoles et des actions humanitaires. Bien qu'il ait reçu d'innombrables prix et distinctions, c'est le sens profond que Thomas donnait à son art, qu'il considérait non seulement comme un accessoire, mais aussi comme une mission, qui continue de vivre à travers son héritage. Des images personnalisées vendues au profit de l'Armée du Salut, des victimes de l'ouragan Katrina et du Rotary International, aux dons qui ornent aujourd'hui les couloirs du St. Jude's Children's Research Hospital, de la Maison Blanche, du Vatican et du Tate Museum britannique, Thomas a récolté des centaines de milliers de dollars au cours de sa vie pour des œuvres caritatives, dont plus de deux millions de dollars pour les victimes du 11 septembre.
Il est décédé à son domicile de Monte Sereno, en Californie, le 6 avril 2012. Les résultats de l'autopsie du médecin légiste ont attribué son décès à une overdose accidentelle de Valium et d'alcool.
Les Kinkade avaient divorcé en 2010 et Thomas vivait avec sa petite amie, Amy Pinto, au moment de son décès. Une dispute publique a encore terni son image lorsque sa compagne de l'époque a revendiqué sa fortune et son héritage. Le différend successoral sera traité discrètement et réglé fin 2012, tous les détails sont, bien entendu, restés confidentiels.
En 2015, Merritt et Chandler Kinkade ont découvert un très, très grand nombre d'œuvres d'art inédites dans la chambre forte de leur père. Elles ont mis à jour ce qui semble être la manifestation physique de la souffrance qui rongeait leur père depuis des années. Des toiles aux teintes sombres, aux thèmes profonds, des scènes empreintes de questionnement et de désespoir. Ces œuvres étaient à mille lieues de la lumière et de la nostalgie qui avaient fait de Thomas Kinkade une star et ses filles s’interrogent toujours sur le poids pratique et existentiel qui nourrissait les créations méconnues de leur père.
La même année, la société Thomas Kinkade a été rebaptisée Art Brand Studios sous la houlette d'un nouveau propriétaire, avec pour objectif de perpétuer l'héritage de Thomas à travers la publication de peintures inédites, de nouvelles œuvres réalisées par des artistes du studio utilisant les techniques de Thomas et à travers les œuvres de son neveu, Zachary Thomas Kinkade.
Un documentaire sur sa vie, sa carrière et sa mort prématurée, Art for Everybody, a été produit en 2023 par Miranda Yousef. Le film, qui a été nominé pour le prix du meilleur documentaire au Festival international du film de Cleveland, décrit le trésor secret de peintures que ses filles ont découvert après sa mort.