Né à Trévise le 26 octobre 1935, le jeune Renato Casaro tombe très vite amoureux des images et s’il va comme tant d'autres au cinéma pour rêver, contrairement à beaucoup de ses camarades, il observe aussi les affiches pour ensuite essayer de les copier. Il s’essaye même à reproduire des peintures d'artistes tels que l'Américain Norman Rockwell ou son compatriote Angelo Cesselon.....
Né à Trévise le 26 octobre 1935, le jeune Renato Casaro tombe très vite amoureux des images et s’il va comme tant d'autres au cinéma pour rêver, contrairement à beaucoup de ses camarades, il observe aussi les affiches pour ensuite essayer de les copier. Il s’essaye même à reproduire des peintures d'artistes tels que l'Américain Norman Rockwell ou son compatriote Angelo Cesselon.
Renato est autodidacte, mais il possède un talent naturel rare et surtout, est un grand amateur de cinéma. Alors qu'il étudie encore dans une école d'art typographique dans sa ville natale de Trévise, il commence à travailler à l'âge de 17 ans dans une imprimerie en tant qu'apprenti graphiste et c'est déjà à cette époque qu'il réalise à la main les grandes silhouettes peintes pour le cinéma Teatro Garibaldi et le cinéma Esperia de Trévise, comme c'est la tradition à l'époque, en échange d'une entrée gratuite dans la salle.
Le propriétaire d’un des cinémas, conscient de ses capacités, va le recommander à une grande agence de publicité à Rome, le Studio Favalli, qui est l'agence la plus célèbre de la capitale pour les campagnes cinématographiques. Il a 18 ans et allant à l'encontre des attentes de son père qui aurait voulu qu'il devienne dessinateur naval et de sa mère qui pense que Rome est la ville de la perdition, il s'installe dans la capitale mondiale du cinéma pour poursuivre ses rêves artistiques.
C’est la période où l'essor du cinéma italien dans le monde entier et le succès retentissant de Cinecittà, l'héroïque "Hollywood sur le Tibre", font passer l'art cinématographique, considéré comme un art "mineur", à un niveau supérieur. Le moment où les œuvres des arts mineurs, comme les affiches de cinéma, ont physiquement fait leur entrée dans les salles des arts majeurs par la grande porte et où va émerger en Italie un certain nombre de peintres talentueux qui ont ensuite mené une carrière internationale couronnée de succès dans les années suivantes.
Il décroche un emploi d'apprenti lithographe à l'imprimerie Zoppelli et travaille comme illustrateur pour le Studio Favalli, l'agence spécialisée dans la publicité cinématographique, où il apprend les techniques, le style et le métier et rencontre celui qu'il considère comme son premier véritable maître, Angelo Cesselon un peintre de cinéma qui, comme lui, est originaire de la région de Vénétie.
Parmi ses premières affiches de cinéma professionnelles, on trouve celles de la ressortie du film Sands of Iwo Jima (1949) d'Allan Dwan, des films italiens Giulietta E Romeo (1954) et Criminali contro il mondo (1955) ou du film ouest-allemand Zwei blaue Augen (1955) dans lequel il fait ses débuts sur la scène nationale, sous le nom de Renè, un pseudonyme qu'il va utiliser pendant un certain temps.
Débordant de talent et d'ambition, Renato apprend vite, très vite et après deux ans de travail au Studio Favalli, il ouvre un studio privé à Cinecittà et devient le plus jeune créatif de la publicité cinématographique.
Le premier grand succès international de Renato remonte à 1965 avec l'affiche du film à succès La Bible, produit par Dino De Laurentiis. Il ne s'agit pas d'une illustration quelconque, mais d'une œuvre qui lui ouvre les portes du grand cinéma mondial. Pour la toute première fois, son œuvre est exposée sur Sunset Boulevard à Hollywood.
Au départ, il s'inspire principalement des modèles américains et italiens, qui influencent à l'époque les goûts du public, mais ses œuvres ne reflètent pas encore ce qui va devenir le style Casaro.
La technique de Renato ne cesse de se développer et d'évoluer, elle se façonne et s'adapte aux tendances cinématographiques et technologiques, passant des coups de pinceau instinctifs de ses débuts aux compositions en partie photographiques des années 70, jusqu'aux maquettes raffinées à l'aérographe qui l'ont rendu célèbre, en particulier dans les portraits d'acteurs protagonistes, entre les années 80 et 90, lorsque l'affiche dessinée touche à sa fin.
Il s'adapte, certes, mais conserve intacte sa capacité unique à recréer dans ses affiches les atmosphères et les suggestions que les spectateurs retrouveront une fois les lumières éteintes dans la salle. Il développe ses talents avec constance et détermination tout en s'appropriant la nouveauté. Surtout, Il a comme très peu d'autres, le talent de faire vivre ces émotions avec son "crayon" avant même le début du film et devient ainsi l'homme qui peint le cinéma.
Au cours des années suivantes, il commence à collaborer avec le marché international, réalisant des centaines d'oeuvres pour des affiches de films de toutes sortes allant du cinéma bis, aux comédies sexy italiennes en passant par des films de série B, sans oublier les nombreux péplums et même parfois quelques nanars, mais toujours avec le regard d'un illustrateur qui connaît le cinéma de l'intérieur.
Par la suite, Renato Casaro est courtisé par les grands studios d'Hollywood où il vit et travaille pendant quelques années, de Londres et de New York et collabore avec de grands réalisateurs et sociétés de production sur divers films.
Le western, très en vogue à cette époque, devient l'un de ses genres préférés pour les frontières de la fiction, pour la possibilité de composer des paysages poignants, des fusillades, des visages en gros plan, mais aussi pour l'exaltation des contrastes de couleurs vives entre le ciel, la poussière, les chevaux et les pistolets. Les affiches des westerns de Sergio Leone aux comédies de Bud Spencer et Terence Hill, en passant par les films de Bernardo Bertolucci et ceux d'Arnold Schwarzenegger et Sylvester Stallone, sont devenues des icônes graphiques, des images qui restent dans le cœur et la mémoire collective comme des chefs-d'œuvre intemporels. Mais il ne s'agit pas seulement de westerns. Le grand illustrateur italien, qu’il est devenu, sait passer d'un genre à l'autre comme peu d'autres.
Il signe des illustrations pour les films de Jean-Jacques Annaud (Le Nom de la Rose, La Guerre du Feu), Claude Lelouch (Les Uns et les Autres), Jacques Deray (Le Marginal ), Francis Ford Coppola (Cotton Club, Rusty James, Outsiders), Wolfgang Petersen (L’Histoire sans Fin), Bernardo Bertolucci (Le Dernier Empereur, Little Buddha), Luc Besson (Nikita), Rainer Werner Fassbinder (Lili Marleen), Francesco Rosi (Chronique d’une Mort Annoncée), Alan Parker (Angel Heart), Milos Forman (Amadeus), Paul Verhoeven (La Chair et le Sang, Total Recall), pour n'en citer que quelques-uns. Des œuvres différentes les unes des autres par leur ton, leur thème, leur cadre, leur rythme, mais toujours avec la même approche, l'image comme invitation, l'affiche comme une fenêtre qui capte l'attention, suggère des atmosphères, des émotions.
De véritables œuvres d'art qui lui ont valu des distinctions importantes telles que le Ciak d'oro en Italie pour des affiches telles que "Opera" de Dario Argento et "Il Tè nel Deserto (Thé dans le désert)" de Bernardo Bertolucci, ainsi que le Jupiter Award en Allemagne pour "Balla coi Lupi (Danse avec les loups)" avec Kevin Costner comme réalisateur et interprète.
À la fin du siècle dernier, avec l'avènement de la technologie numérique, qui va conquérir tout ce qui tourne autour du 7ème art, Renato Casaro au sommet de son succès, décide de se retirer temporairement de l'industrie cinématographique pour se consacrer entièrement à la peinture, domaine dans lequel il a toujours été très apprécié par de nombreux experts et collectionneurs. Il se tourne vers la peinture animalière, ces grands espaces ouverts de la savane africaine et des déserts arabes qu'il connait bien grâce à ses fréquents voyages qui lui ont permis d'étudier leur faune.
Sa passion initiale pour le cinéma et ses stars refait cependant continuellement surface et il produit des œuvres de pure fantaisie artistique, où les stars emblématiques du grand écran sont représentées dans des structures spatiales inspirées des célèbres œuvres d'art de la Renaissance italienne.
Ces dernières années, Renato s’est "presque" exclusivement consacré à la peinture pure, même si parfois, quelques producteurs et réalisateurs continuent de faire appel à lui pour leurs projets, à l'instar de ses admirateurs comme Quentin Tarantino qui l’a contacté pour la réalisation de deux affiches dans le style des années 70, de Leonardo DiCaprio pour Once Upon a Time in Hollywood.
Le métier d'affichiste est avant tout un métier d'art, avec un objectif bien précis, inciter les gens à aller au cinéma. Dernier protagoniste d'un art aujourd'hui disparu, Renato Casaro est devenu le symbole de cette école italienne d'affichistes de cinéma, où la maîtrise technique, la créativité, le génie et l'instinct étaient les garants et la valeur ajoutée du succès d'innombrables films nationaux et internationaux. Traversant avec son art la seconde moitié du siècle dernier, il nous laisse en héritage une admirable galerie d'affiches, témoignage fondamental pour l'histoire du cinéma.
L’artiste a toujours refusé de vendre les oeuvres originales de ses affiches. Par contre il en a fait don au Musée national de Trévise, qui lui consacre une collection permanente au siège de San Gaetano.
Vous pouvez retrouver les œuvres de Renato Casaro dans le livre d’art "Renato Casaro. L’ultimo cartellonista del cinema. Treviso, Roma, Hollywood", le catalogue de l'exposition publié par Antiga Edizioni et imprimé par Grafiche Antiga en juin 2021, dans le cadre de l'exposition du même nom, qui s’est tenue du 13 juin 2021 au 1er mai 2022 au Musée national Collezione Salce, à l'église Santa Margherita et au complexe San Gaetano, et du 13 juin 2021 au 9 janvier 2022 aux Musées civiques de Trévise – Musée Santa Caterina.
Renato Casaro, s'est éteint le 30 septembre 2025. Il avait été hospitalisé à l'hôpital de Trévise quelques jours auparavant pour une bronchopneumonie.